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Marianne


Mirifique bout de terre étendant son bras dans l’océan,
Amer est à présent le goût de ta terre gorgée d’histoire.
Rares sont les vents de révolte sur ton silence pesant.
Iras-tu jusqu’à parjurer tes idéaux dans cette triste foire ?
Années de splendeurs passées devenues sombres ruines
Ne vois-tu pas sur ton miroir couler les larmes de tes enfants ?
N’entends-tu pas hurler ces patriotes dans tes ravines ?
En deuil, la France se meurt, prostituée par un État indécent.

Les pas égarés


Des mots se fracassent contre le mur des illusions
Tenter une déchirure en longs hurlements acérés
Etreindre le rideau usé de la comédie et l’arracher
Les pas égarés résonnent dans un silence sans fond

Des visages anonymes en pleurs étirés défilent
Sanglots écrasés en lézardes contre des ternes images
Des files éclatées en peurs éthérées se dévisagent.
Un homme desséché danse sur la lame de ses idylles.

Une nuée de sombres présages s’éventre sur les cimes
Dans l’écho des attentes, les lourdes chaînes résonnent
Explorer les crevasses périmées, n’embrasser personne
Chiffonner la toile du monde et la jeter dans l’abîme

Tenter une déchirure contre le mur des illusions
Des mots se fracassent en longs hurlements acérés
Et toujours les pas égarés
résonnent dans un silence sans fond

Réalités déréalisées


Des réalités, mon imaginaire en regorge tant.
Des réalités à déréaliser à l’encre des rêveurs.
Des rêveurs, ce monde en comporte tellement.
Des rêveurs pour accoucher d’un autre ailleurs.

Du burin des attentes, arracher un bout de tangible,
Le tailler sur l’autel du Tout, épousant les envies.
Dans une église oubliée, tout en brûlant la bible,
Le baptiser de pleurs et le voir renaître à la vie.

Les trompettes forgées dans l’âtre des amours de naguère
Eclatent pour saluer l’avènement de cette résurrection.
La douce vague d’un frisson vient embrasser la terre.
Seuls les rêveurs daigneront écouter leur imagination.

Le lit de mes délits


Matin brumeux s’accrochant à ma peau
Mes pensées se débattent, engluées
Dès leur naissance, elles s’évaporent
Fumées grises léchant mes souvenirs

Usé de courir dans les champs du néant
L’esprit se recroqueville, position fœtale
Drapé dans le voile opaque du silence
Il grelotte dans le froid des astres oubliés

Le vide suinte par les pores de mes doutes
Mes étoiles de jadis jonchent un sol lézardé
Mon cœur s’écœure
dans les douceurs des heures

Il y a comme un goût d’acier dans l’atmosphère
Les sémaphores de la réalité se sont éteints
Ma vie me fuit
dans le lit de mes délits

La chasse du grand fauve


Flux et reflux des marées sur des plages désertes.
Des traces de pas s’envolent en grains de sable diffus.
L’océan étend sa mémoire humide en langues alertes.
Il lèche avec désespoir tous ces souvenirs éperdus.

Dans son coffre serti de perles nacrés, il accumule.
Des éclats de vies humaines dorment dans l’alcôve.
Lors de ses rapines dans les dunes, il se dissimule
Avant de lancer son éternelle chasse, grand fauve.

Des brins d’écume argentée perlent de sa gueule.
Les rochers se cabrent sous les pattes félines.
Quelques crabes éparses se terrent dans le sol.
Paysage dantesque déchirés par des griffes salines.

« Le dernier exorcisme », à exorciser rapidement


Ma culture cinéphile est loin d’être parfaite. Nombreux sont les grands classiques que je n’ai pas vu. Cependant, je tente depuis quelques temps de rattraper le temps perdu en me rendant au cinéma une fois par semaine. Vendredi dernier, après un long moment d’hésitation, j’ai opté pour « Le dernier exorcisme« , long-métrage américain se réclament du genre épouvante-horreur. Une bande-annonce alléchante, interdit aux moins de 16 ans, ces quelques indices pouvaient laisser augurer d’une séance agrémentée de quelques frissons.

Pour pasticher Ardisson, le « pitch » est le suivant : Le révérend Cotton Marcus, réputé pratiquer des exorcismes, est en fait un charlatan véreux et cupide qui aime user de différents stratagèmes pour faire croire à ses ouailles qu’il libère les âmes torturées. Dans le cadre d’un documentaire, c’est flanqué d’une équipe de tournage qu’il se rend dans une ferme isolée où il s’attend à résoudre un énième cas de prétendue possession sur un fanatique religieux plus que dérangé psychologiquement. Arrivé sur place, il réalise qu’il est en fait le dernier recours pour aider une adolescente, Nell, possédée par un démon. Le révérend se rend rapidement compte que rien n’aurait pu le préparer au mal qu’il va affronter. Ne pouvant faire machine arrière, il se trouve dans l’obligation de faire face.

Le tout est filmé comme un docu-fiction avec caméra embarquée. Partant d’une idée plutôt sympathique, même si déjà exploitée par Blairwitch, le film s’avère au final très décevant. Les génériques de début et de fin sont quasi inexistants. Sur un scénario mal ficelé, l’histoire se met en place trop lentement. On se demande pourquoi Daniel Stamm, le réalisateur, a éprouvé le besoin de s’appesantir à ce point sur des détails qui n’apportent rien à l’intrigue. Pour les frissons, que nenni. A peine est-ce si une légère inquiétude commence à poindre dans le dernier 1/4 d’heure. Mais rien digne de faire sauter au plafond le spectateur. Les quelques scènes sanguinolentes sont plus risibles qu’autre chose. Enfin, la fin est une apothéose d’idioties en queue de poisson, expédiée en quelques minutes.

Le plus effrayant au final demeure l’interdiction aux moins de 16 ans. Car comment justifier celle-ci devant un navet aussi insipide ? On appréciera cependant le jeu d’actrice de Nell (la possédée) qui sauve un minimum le reste. Si vraiment vous n’avez rien d’autre à voir, vous pouvez toujours tenter l’expérience. Mais prévoyez le pop-corn pour vous bâfrer non pas d’angoisse mais d’ennui.

Putain de temps…


Il fut une époque où j’enchainais les nuits blanches. Je menais une vie étudiante endiablée, ponctuée par les soirées en boites après lesquelles j’embrayais sur la journée de cours. Le Guronsan était alors un allié précieux pour tenir. J’avais la vingtaine et la fatigue se gérait sans trop de mal. Quinze ans après, je ne puis plus en dire autant. Le prix à payer pour le vol d’une nuit à Morphée est douloureux : deux jours ternes, dans un morne brouillard, le cerveau quelque peu au ralenti. Des moments comme cela sont terribles, non pas tant à cause de cet état cotonneux mais plus en raison de cet éclat de lucidité qu’ils offrent sur une jeunesse révolue où nous pouvions encore prélever avec insolence son content de réserve. Insouciant, on ne réalise pas qu’il faudra un jour commencer à rembourser, non pas ce capital dilapidé qui ne reviendra plus, mais simplement les intérêts.

Je suis encore bien loin de la vieillesse. Même pas quarante années révolues c’est dire… Et pourtant, je trouve déjà ce banquier céleste bien cruel. Je n’aime pas ces tempes qui, imperceptiblement, blanchissent. Le nombre de cheveux au cm carré est ancré dans une chute sans fond, si ce n’est celle de me retrouver sans un poil sur le caillou. Je n’ai rien contre les chauves. Certains portent  plutôt bien cette « chauvitude » précoce. Mais non, je ne puis me résoudre à rejoindre le camp des crânes luisants.

Jamais mon corps n’a été objet d’un culte du nombrilisme. Mais quand je me regarde dans la glace, impossible de nier cette évidence : je ne suis plus aussi mince que par le passé. Certes, ceux qui me connaissent sourient quand je m’en ouvre auprès d’eux. Après tout, je ne suis sans doute pas même en léger surpoids. Mais incontestablement, mon ventre s’est légèrement arrondi et dans cet arrondi se dessine l’amorce d’une tare familiale où les hommes,  la cinquantaine venue, se retrouvent parfois à jouer au bon quidam ventripotent. Je ne suis pas encore prêt à l’accepter.

Mais qu’importe. Le temps est un tyran contre lequel toute lutte est vaine. Il nous fouette sans relâche en se marrant.

Putain de temps…

Corps célestes mis à nus


Les nuages laissent choir des filaments
Un doigt effleure une larme saline perdue
Une langue caresse le corps d’un amant
Une étoile brille dans un ciel mis à nu

Une bouche murmure au creux de l’univers
Un regard s’effiloche sur une météorite
Des cheveux s’étalent sur un souvenir d’hier
Un ciel pudique recouvre cet ultime rite

Sur des cœurs éviscérés
nous trébucherons
Sur une idylle trépassée
nous pleurerons

Ainsi nous dirons-nous adieu mon aimée

L’Europe des tartufes


Les pères fondateurs de l’Union européenne, principaux architectes de sa construction, doivent actuellement tant se retourner dans leurs tombes qu’ils en sont devenus des toupies. « Nous avons acquis, par la démonstration des faits, que les nations, loin de pouvoir se suffire à elles-mêmes, sont solidaires les unes des autres ; que le meilleur moyen de servir son pays est de lui assurer le concours des autres par la réciprocité des efforts et par la mise en commun des ressources ». Ainsi s’exprimait Robert Schuman dans son ouvrage « Pour l’Europe« . Jean Monnet, autre Père de l’Europe, quelques semaines après la mise en place des institutions de la CECA, expliquait à la presse américaine que, « aussi longtemps que l’Europe restera morcelée, elle restera faible, et sera une source constante de conflits. […] Avec le plan Schuman et avec l’armée européenne, nous avons posé les fondations sur lesquelles nous pourrons construire les États-Unis d’Europe, libres, vigoureux, pacifiques et prospères. »

C’était en 1952, déjà une autre époque. Et les évènements qui se sont déroulés lors du sommet européen de jeudi l’attestent avec force. Les idéaux originels, puisant leurs force dans le terreau d’une volonté politique forte et inébranlable, sont désormais périmés. Dans les querelles de famille, personne ne peut se targuer d’être tout blanc. De même, aucun des protagonistes ne saurait endosser tous les torts. Ainsi, si la politique discriminatoire menée par Paris l’encontre des Roms est honteuse et que le populisme de Nicolas Sarkozy doit être  montré du doigt, les propos de la commissaire européenne à la justice et aux droits fondamentaux des citoyens, Viviane Reding le sont également. Rapprocher les méthodes du gouvernement français de celles pratiquées lors de la seconde guerre mondiale est d’une part une véritable insulte jetée à la face des français dans leur ensemble et d’autre part un manque de respect envers la mémoire de toutes les victimes du nazisme. Viviane Reding marque là un splendide point Godwin.

Alors qu’il aurait été de bon aloi de calmer le jeu, Nicolas Sarkozy, toujours aussi impétueux, n’a rien fait en ce sens. Bien au contraire. Tout d’abord, en estimant « que si les Luxembourgeois voulaient les prendre [les Roms], il n’y avait aucun problème« . Le lait est ensuite encore monté avec la violente passe d’arme entre Nicolas Sarkozy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lors du déjeuner du sommet européen d’hier. Comme si cela ne devait pas suffire, il est aujourd’hui en délicatesse avec la chancelière allemande. Il avait assuré que l’Allemagne envisageait de procéder à « des évacuations de camps » de Roms. Pourtant, cette question n’a été évoquée « ni lors du Conseil européen ni lors d’entretiens en marge », selon un porte-parole d’Angela Merkel.

Les dirigeants européens devraient se focaliser sur la crise économique et ses lourdes conséquences pour leurs pays respectifs mais le vieux continent préfère se déchirer un peu plus sous les yeux effarés de citoyens qui pour certains, achèvent de basculer dans le camp des opposants à l’Europe. Et comment leur en vouloir ? Leurs dirigeants ne cessant de vanter les bienfaits de cet espace unifié, sensé apporter son lot de bienfaits, passent pour des tartufes.

Si je suis un fervent défenseur d’une Europe unifiée, ce n’est certainement pas de cette Europe-ci. Cette nouvelle querelle va donc creuser encore un peu plus le fossé déjà bien profond entre le peuple français et les institutions européennes.

L’arpenteur des latitudes


Explorateur des contrées les plus obscures de l’humanité,
L’homme est désormais en lutte avec sa propre obscurité.
Son âme de papier buvard dégorge le trop d’émotions,
Les souffrances absorbées des siècles en décomposition.

Jours et nuits sont gravés sur son vieux bâton de pèlerin ;
Les essences de Spleen consignées dans un herbier vipérin.
Sur ses routes, il croise les chimères usées des vieillards ;
Ses pieds foulent les fœtus oubliés des amours bâtards.

Il se souvient des légendes aujourd’hui flétries par le temps.
Les parchemins des conteurs s’effritent avec les mourants.
L’arpenteur erre, perdu dans la terre des multiples solitudes.
Encore tant de Jérusalem sous une infinité de latitudes.