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Ecrire


Ecrire !
Encore et toujours écrire.
Ne jamais laisser la plume se reposer. Celle-ci doit écorcher le papier en permanence, l’égratigner jusqu’à le faire saigner, le faire saigner jusqu’à le faire hurler. Toujours noircir le blanc trop parfait de la feuille, y incruster ses doutes et ses angoisses, la parsemer de quelques tourments.

Oui, écrire !
Ne jamais délaisser le burin qui cisèle nos fantasmes. La main doit rester alerte ; le poignet flexible, toujours en mouvement. Si la rage du vécu vient à transpercer la feuille, la jeter à la poubelle et recommencer à tisser les maux sur une autre. Si les larmes viennent à diluer nos vers, là encore, tout recommencer.

Ecrire est ma condamnation.
Ecrire est ma libération.
J’éjacule des mots pour enfanter de quelques textes mort-nés. Je suis le patriarche absolu qui accorde ou non le droit de vie à sa progéniture. Nombreux sont les fœtus avortés qui s’accumulent au fin fond de ma corbeille. Elle est le cimetière de mes frustrations. J’en suis le fossoyeur. Des cafards se promènent parmi tous ses cadavres embaumés aux idées noires.

Ecrire !
Courir sur les lignes en sachant qu’il n’y aura pas la ligne ultime, celle de l’arrivée. Courir tout de même par nécessité absolue. Les seuls spectateurs sont les souvenirs. Ils sont amassés là. J’en fauche parfois un sur mon trajet. La faux de mon stylo le happe pour l’emmener dans ma course. Il se débat, enchaîné. Je le traîne sans pitié. Quand il tombe épuisé de fatigue, je le relève sans ménagement Avec un peu de chance, il finit par mourir. Je l’abandonne derrière moi, carcasse pourrissante sous le soleil de ma réalité.

Oui, écrire !
Me noyer dans l’encre de mes nuits repeintes.
Tenter d’aspirer une goulée d’air avant l’engloutissement.
Mes lettres laissent filer des filaments de pleurs lunaires.

J’écris.
La pointe acérée du stylo vient me pourfendre le cœur.

Je m’écrie.
Ecrire est ma condamnation.

4 Commentaires sur

Ecrire

  • lutin |

    « Je m’écrie
    Ecrire est ma condamnation »

    rien que pour lire cela il fallait lire, d’accord, écrire c’est écrire.

    « J’éjacule des mots pour enfanter de quelques textes mort-nés »

    c’est ce que je ressens trois jours après, mais l’important c’est l’enfantement.

    Je me suis penchée sur le berceau, je ne suis pas fée, mais j’ai trouvé l’enfant trés beau.

  • Eathanor |

    Merci Lutin pour ton passage sur ce texte et pour le commentaire que tu as déposé. Je ne sais pas si l’enfant est très beau mais son géniteur est touché.

  • Thierry CABOT |

    Ce texte est tout simplement merveilleux par son ampleur, sa force et sa densité.
    On y voit l’artiste affrontant « le vide papier que la blancheur défend », et toujours en quête des mots qui le délivreront ou le condamneront.
    Un modèle du genre !

  • Eathanor |

    Merci Thierry pour ton commentaire toujours aussi élogieux et ta fidélité dans tes lectures de mes textes.

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