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Les effroyables imposteurs


Hier soir, sur Arte, était diffusé un documentaire sur les conspirationnistes de tous poils qui hantent internet. Avant d’aller plus loin, il est déjà étonnant que la date choisie pour ce documentaire soit le 9 février, jour-même de l’ouverture du débat sur la loi Loppsi. Faudrait-il y voir là une simple coïncidence ou bien une volonté délibérée de la part de la chaine ? La question reste posée.

Ce documentaire était totalement à charge des conspirationnistes et en cela, rien de choquant. En effet, comment apporter crédit à des sites qui diffusent des thèses antisémites, racistes ou négationnistes ? Comment cautionner des personnes qui vont jusqu’à remettre en cause simplement des faits, qui affirment leurs propres vérités sans même l’étayer de sources fiables ? Cependant, j’ai été profondément dérangé par le parti-pris de l’émission qui, sous couvert de battre en brèche les thèses conspirationnistes, jetait le bébé avec l’eau du bain. Un glissement de dialectique s’est rapidement opéré pour passer des complotistes au journalisme citoyen. Si les deux peuvent parfois s’accoupler, les jeter ensemble dans une même prétendue « poubelle du web » est erroné et révélateur, au mieux d’une méconnaissance du sujet, au pire d’une volonté délibérée de dénigrer à défaut de maitriser.

Un exemple est révélateur. Benoît Raphaël, le rédacteur en chef du Post (site participatif ou tout internaute peut poster ses propres articles)  est interviewé. Le journaliste l’interroge en particulier sur un article très clairement antisémite qui a échappé à la modération. Certes, il s’agit d’une erreur de la part du Post. Pour autant, quel site avec une large audience peut se targuer d’être irréprochable et de ne jamais rien laisser filtrer d’illégal ? Faites un tour sur les forums de la plupart des médias traditionnels, vous serez édifiés. Et comme le dit fort bien Benoît Raphaël :

Et comme pour toute plateforme de blogs, le site ne censure pas a priori des contenus publiés sur ces pages personnelles. Il ne le fait pas parce qu’il n’est pas éditeur de ces contenus amateurs, mais hébergeur. La modération se fait a posteriori, sur alerte des internautes

Source

Cependant, il n’en fallait pas plus au journaliste d’Arte. Cette erreur est bien la preuve que le web participatif est un cloaque nauséeux d’où rien ne peut émerger de positif. Un tel raccourci est regrettable. Il retire toute légitimité au journalisme citoyen. Pour quelles obscures raisons, monsieur tout le monde n’aurait-il pas voix au chapitre ? A l’instar des journalistes, il possède une opinion et peut à ce titre l’inscrire dans le cadre du débat démocratique. Alors oui, les excès et débordements vont souvent de pair avec la jeunesse. Et le web participatif l’est assurément, jeune. Mais n’est-ce-pas là ce qui fait également sa richesse ? Des internautes de talents font entendre leur différence, apportent des points de vues novateurs, offrent des angles de réflexion qui ne sont pas abordées dans la presse officielle. La force du journalisme citoyen est de pouvoir se faire entendre en s’affranchissant des canaux classiques de communication, de contourner des institutions en place qui sont, bien plus que lui, assujetties à des pressions financières et/ou politiques. Plutôt que de les diaboliser sans aucune nuance, les médias ne devraient-ils pas déjà se pencher sur leur propre mission, celle d’informer et non d’influencer ? D’éduquer et non de formater ?

Concernant les conspirationnistes, vouloir les réduire au silence ne peut qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui défendent la thèse d’un vaste complot du nouvel ordre mondial pour les discréditer. Ils sont renforcés dans leurs délires paranoïaques. Pourtant, ils ont tout autant de légitimité qu’autrui à occuper l’espace médiatique, du moins tant que leurs thèses ne tombent pas sous le coup de la loi. Nul ne devrait être censuré pour avoir remis en cause la version officielle du 11 septembre. Personne ne devrait être ennuyé pour défendre l’idée que le vaccin H1N1 serait un empoisonnement programmé de l’humanité en vue d’un génocide. Aussi aberrantes que soient ces opinions, elles participent au vaste bouillon de culture médiatique de notre société.

Le meilleur moyen de les combattre est de plonger dans ce bouillon et d’y apporter notre modeste mais néanmoins nécessaire contribution.

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