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Au coeur d’une perle


Seul dans la lande, je marche. Le vent hulule et me fouette le visage. Le ciel uniformément gris semble venir s’abattre sur le sol. Ici et là, des herbes revêches s’agitent. Des tourbillons de terre s’élèvent parfois avant de retomber aussi vite qu’ils sont nés. Dans le lointain, je distingue une forme sombre et indéfinie. Je décide de m’en approcher. Le hurlement d’Eole gagne en intensité. Les nuages se déchirent et la pluie vient me tremper jusqu’aux os. Perdu dans mes pensées, je ne sens même pas mes vêtements s’alourdir et me coller à la peau.

Je pense à toi mon âme, que j’ai laissé seule au loin. J’entends tes pensées hurler en moi et me déchirer le cœur. Je sens ta douleur te creuser le corps sans un seul instant de répit. Par delà les distances, ton image crucifie mon cerveau. Tu es le prisme à travers lequel je vois la réalité. Chacune de tes larmes déteint sur mon cœur. Chacune de tes angoisses ébranle le peu de foi qu’il me reste. Je sens mon genou plier à terre. Envie de vomir cette folie existentielle, de regarder droit dans les yeux cette utopie nommée Bonheur et, dans un dernier affront, lui cracher ma haine à son visage trop parfait et trop pur pour être réel. Ce serait tellement facile, trop facile. Je ne suis pas de cette race. Dans l’arène, je triompherai. Fureur et rage sont mon armure. La rancœur me revêt des plus nobles atours du guerrier et dans la fierté, j’ai forgé mon glaive.

La forme vague est devenue une petite maisonnette à l’abandon, toute faite en pierre de taille. Je pénètre à l’intérieur. Partout, ce n’est que toiles d’araignée. Des étagères en bois, vermoulues et rongées par les vers, paraissent prêtes à s’effondrer. Sur celles-ci, des livres sont empilés. Négligemment, je prends l’un d’entre eux. Des cafards courent sur sa tranche. L’ouvrant, je tente de le feuilleter mais les pages, effritées par le temps, se réduisent en poussière. Puis je distingue au milieu de toute cette pourriture un ouvrage plus récent que les autres, à la couverture ornementée avec grâce et délicatesse. Je m’en saisi et le feuillette. A mon grand étonnement, les pages sont vierges de toute ligne. Le remettant en place, je remarque alors un titre, inscrit en filigrane sur la première page. Ne voulant le croire, je regarde à nouveau. Aucun doute possible. Ton prénom s’étale devant mes yeux.

Soudainement, j’ai réalisé que je me trouvais à l’intérieur même de mon propre cœur et que je venais de toucher du doigt la seule perle l’animant encore.

Titubant, je suis ressorti sous la pluie et levant la tête, j’ai hurlé vers les cieux de ne pas t’emporter. Juste derrière moi, dans un craquement sourd, une nouvelle lézarde est apparue dans le mur de la maisonnette en ruine

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