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Nuit blanche


Toujours ces mêmes nuits qui s’étirent à l’infini. Fermant les yeux, je tente de rejoindre Morphée. Mais derrière la façade close de mes paupières, des images défilent jusqu’à l’overdose. Malgré moi, je me relève. La fatigue cogne dans mon crâne. Pourtant, je suis là devant cet écran d’un blanc si vif que la nausée me vient. Je laisse courir mes mains sur le clavier. Mes muses ont pris les commandes. Dans le cendrier s’accumulent les cigarettes. Des idées noires copulent ensemble sur mon bureau. L’une d’entre elles, hideusement gonflée, accouche de mon passé. Deux autres s’embrassent à pleine bouche. Dans peu de temps, elles s’accoupleront pour engendrer mon futur. J’aspire une bouffée de tabac. Son goût âcre me brûle la gorge. Mes poumons bitumés deviennent une autoroute vers le cancer. La fumée me fait pleurer les yeux. Les souvenirs font pleurer une âme déjà trop à nue. La musique frappe mes tympans. « Deeper, deeper, don’t you waste your time » éructe une voix robotisée. Je plonge dans une douce osmose avec ces notes électroniques glacées.

Les heures s’écoulent une à une, d’une même monotonie, invariables. Des rides parsèment ma peau. Je passe ma main dans les cheveux. Ils tombent par poignée à terre. Mes tempes sont grisâtres. Autour de moi, les murs se sont estompés. Il ne reste que mon écran poussiéreux dans une réalité en ruine. Je me lève et j’erre parmi elle. Je me prends les pieds dans mes fantasmes déchus affleurant au sol. Je tombe. Ma tête se cogne violemment contre les ossements blanchis d’une nuit blanche comme toute les autres.

Enfin, je peux m’endormir.

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