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Amour volatile


Des chardons poussent sur la colline ce soir. Ils enserrent les roses, étirant leur traîtres racines dans ce parterre jadis si charmant. Les pétales se flétrissent et tombant, viennent s’empaler sur les grises épines charbonneuses. Au milieu de ce jardin à l’agonie serpente un tortueux chemin jonché de rocailles et parsemés d’ornières cachées sous un voile de poussière ocre. Rien ne semble venir troubler cette peinture morte dessinée par quelques sombres rêves d’une âme éventrée.

Pourtant, des pas traînants froissent ce serpent terreux. Ils avancent péniblement, courbés sous le poids d’une douleur qui n’ose dire son nom. Ils s’accrochent aux pans d’une réalité lézardée et branlante. Chaque avancée sur la sente du jardin est ponctuée par un glas pesant dans cette atmosphère vibrante de silence. Les chardons en bordure du chemin se resserrent imperceptiblement, broyant et dévorant le peu d’espace vierge encore visible.

Pourtant, les pas continuent de se traîner sur un sol devenu fange. Ils lèchent le sol, comme des limaces le feraient. Dans le ciel, des tristes volatiles apparaissent, leurs croassements en résonance avec le son des cloches funèbres. Les pas s’arrêtent soudainement.

Je lève la tête. Les oiseaux de proie me survolant sont terriblement beaux. La volée de Confiance s’abat sur moi sans prévenir. Je sens le souffle de l’air provoqués par le battement des ailes. Des plumes me giflent au visage. Des serres agrippent ma chevelure. Des coups de becs rageurs s’en prennent à mes yeux. Je pleure mais les volatiles n’en ont cure. Leurs pépiements me crucifient les tympans. Je fixe le globe oculaire si noir de la Confiance. A travers lui, je distingue l’oubli et le froid glacé. Le temps qu’un fragment d’éternité se disloque dans le sablier universel, tout s’arrête.


… … La pointe d’un bec me transperce les yeux
… … …
… … … … … … Je tombe au milieu des chardons, agitant des bras aveugles.
… … … … … … … … …

Le corps sans vie d’un homme repose sur son lit mortuaire. Dans un ciel vomissant un blanc laiteux, une immense ombre se profile. Elle fond sur ce cadavre anonyme. Immense oiseau déplumé et obèse, sa chair flasque retombent en hideux bourrelets. Les veines se dessinent sous sa peau translucide. Elles charrient un sang immonde et délétère sans cesse renouvelé dans les espoirs avortés d’un soir. Le vampire des vies nommé Amour plante ses serres acérées dans la poitrine de l’homme. Il le fixe d’un œil éteint.


… … La pointe d’un bec me transperce le coeur
… … …
… … … … … … L’Amour repart à tire d’aile après m’avoir déchiqueté.

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