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Sarkozy à Tremblay : remix d’un discours sécuritaire


« La République ne reculera pas d’un millimètre ». Ainsi parlait Nicolas Sarkozy lors de sa visite surprise à Tremblay, en Seine-Saint-Denis le 20 avril. Une nouvelle fois donc, le chef de l’Etat nous ressert le plat sécuritaire, plat qu’il aime à proposer dans son menu politique depuis l’époque où il fut ministre de l’Intérieur. Mais les français qui dégustent le repas du chef depuis quelque temps déjà finissent par trouver celui-ci bien tiède et sans saveur. Souvenez-vous. Nous étions en octobre 2005. En déplacement officiel à Argenteuil en tant que Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy est vivement interpellé par une habitante d’une tour HLM qui lui demande: « Quand nous débarrasserez-vous de cette racaille ? ». Et lui de répondre : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser. » Malgré la vague polémique (et à dire vrai exagérée) que ces propos déclenchèrent, rien n’a changé depuis.

Mardi dernier, il nous a donc joué la même partition, à peine remixée. Il a promis à nouveau une « fermeté absolue » contre les trafics et l’insécurité. « Les violences dans les transports et les établissements scolaires en Seine-Saint-Denis, ça doit cesser ». Fort bien. Mais quelles solutions entend-il apporter ? La suite de sa déclaration apporte quelques éléments de réponse. S’adressant aux chauffeurs de bus attaqués : « Tous les jours, il y aura des actions de police contre les trafiquants. Vos lignes seront sécurisées ». Le ton est martial et la fermeté prévaudra. Quid de la prévention ? Toute politique se basant uniquement sur la répression est vouée à l’échec. Aucune solution pérenne ne peut se dégager dans une logique de confrontation. Continuant sur sa lancée, le chef de l’Etat dira qu’il tient « à ce que les forces de police interviennent sans restriction, aussi souvent que nécessaire et marquent leur autorité dans les halls d’immeuble des cités touchées par la délinquance ». Qu’on me comprenne bien. Je ne refuse pas le principe de l’intervention et de la sanction. Il ne faut avoir aucun atermoiements sur ces dealers qui empoisonnent le quotidien des habitants, font de leurs entrées d’immeubles des supermarchés de la drogue et imposent leurs règles par les pressions et la peur. De même pour les délinquants qui font brûler des bus au risque de drames humains. Aucune excuse ne saurait les exempter de la gravité de leurs actes.

Cependant, qu’est-il proposé aux habitants de ces quartiers à l’abandon ? Où sont les politiques de dialogue et de prévention ? Il est bien beau de vouloir lutter contre les voyous d’aujourd’hui mais si aucune action d’ouverture sur le long terme n’est engagée par l’Etat, le cercle infernal continuera de tourner à plein régime. Enclavées entre des barres bétonnées, les jeunes générations se perdront dans les mêmes travers que leurs ainés. Mais pour eux, la seule réponse de Sarkozy sera sur le front de l’absentéisme scolaire. Il a annoncé le dépôt d’une proposition de loi pour donner un « caractère systématique à la suspension des allocations familiales ». En outre, dès la prochaine rentrée, des établissements spécialisés verront le jour pour accueillir les élèves de moins de 16 ans « qui rendent la vie impossible » au sein de leur établissement. Cerise de taille sur ce gâteau amer : si les parents refusent de scolariser leurs enfants, la justice pourrait avoir son mot à dire. Comme politique de la main tendue, on a vu mieux. J’aimerai que le chef de l’Etat m’explique comment la justice décidera que des parents refusent de scolariser un enfant. Sur quels critères objectifs cette décision sera-t-elle fondée ? Il est rare qu’un enfant qui fasse l’école buissonnière en avertisse ses parents au préalable et il est tout aussi rare que des parents laissent faire avec leur bénédiction. Non. Dans ces quartiers mal-aimés de la République, où le taux de chômage transperce la moyenne nationale, ces parents sont eux-mêmes dépassés. Ils tentent de (sur)vivre avec le peu de moyens dont ils disposent. Outre le fait de se voir stigmatiser un peu plus, vouloir les sanctionner en supprimant les allocations familiales ne fera qu’ajouter de la misère à la misère, aggravant les problèmes que cette « solution » prétendait régler.

Monsieur Sarkozy, prenons rendez-vous dans deux ans à Tremblay, la Courneuve 4000 ou tout autre quartier déshérité de la République. Si d’ici là, la seule politique appliquée aura été celle du bâton, vos belles intentions sécuritaires n’auront engendré que ressentiment, misère et rébellion contre un Etat autiste qui ne sait entendre que ce qui arrange son électorat.

2 Commentaires sur

Sarkozy à Tremblay : remix d’un discours sécuritaire

  • kmeleon |

    Nous, Belges, observons la politique de la France et de ce guignol qu’est pour nous Sarkozy, un homme qui s’est beaucoup servi des médias pour tenter de gagner en popularité. Mais cela aura été à double tranchant, car à force de promettre et de ne rien faire, votre président s’est rendu très impopulaire.
    Il est parfois bien d’observer depuis l’étranger : cela nous permet d’avoir une vision plus neutre et plus juste aussi de la politique d’un autre pays.
    Sinon, je n’ai lu que des choses justes dans ce commentaire très pertinent :-)

  • Eathanor |

    « A force de promettre et de ne rien faire, votre président s’est rendu très impopulaire ». Je te donne raison sur le fait qu’il a promis beaucoup, très certainement trop. Cependant, il fait. Le souci est qu’il ne fait pas forcément ce que les français attendent ou bien il communique mal. Il faut cependant admettre que la crise ne lui facilite pas les choses. Comment continuer se faire le chantre du pouvoir d’achat avec une situation économique comme celle d’aujourd’hui ?
    En tous les cas, nous, Français, observons avec étonnement ou stupéfaction la crise politique belge. J’espère que vous saurez comme toujours vous en sortir par le haut avec cet humour et ce détachement qui vous caractérisent :)

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