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Le dernier mot
Catégorie: En prose, PoésieTags:
L’homme est penché jusque tard le soir sur sa table de travail. La nuit est son terrain de chasse ; les mots ses proies. Dans une chasse permanente, il tente de les apprivoiser, de faire sien ces êtres sauvages et multiples. Il se cache pour mieux les attraper. Chaque obstacle de son imaginaire est propice au camouflage. Au détour d’un rêve, derrière un ressenti, sous le flot impétueux d’une émotion, quelque soit l’endroit, il sait en faire son allié.
Selon leurs humeurs, les mots se promènent parfois en meute sauvage, parfois seuls. Le chasseur sait qu’il ne doit pas se faire repérer. Il les laisse lentement approcher de sa cache. Il sait aussi combien ils peuvent se révéler rusés. Pour mieux les surprendre, il préfère attendre le moment propice où ils se mettent à brouter les pâturages de son esprit. A ce moment, il sort de son lieu de guet.
Les mots se rebiffent et se cabrent nerveusement. L’homme agit promptement. Le temps lui est compté. Il lui faut au plus vite les enfermer dans la nasse des lignes avant qu’ils ne s’enfuient. Son gibier hurle tandis qu’il pleure. Il parque les mots dans l’enclos d’une feuille, les mate dans un corps à corps violent pour les soumettre, apprivoiser leur uppercut.
Ligne après ligne, ils deviennent sien et il ne cesse de remplir sa gibecière. Et chaque nuit, le même rituel recommence.
Pourtant, l’homme sait qu’un jour, il n’aura plus le dernier mot.




