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L’Europe des tartufes
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Les pères fondateurs de l’Union européenne, principaux architectes de sa construction, doivent actuellement tant se retourner dans leurs tombes qu’ils en sont devenus des toupies. « Nous avons acquis, par la démonstration des faits, que les nations, loin de pouvoir se suffire à elles-mêmes, sont solidaires les unes des autres ; que le meilleur moyen de servir son pays est de lui assurer le concours des autres par la réciprocité des efforts et par la mise en commun des ressources ». Ainsi s’exprimait Robert Schuman dans son ouvrage « Pour l’Europe« . Jean Monnet, autre Père de l’Europe, quelques semaines après la mise en place des institutions de la CECA, expliquait à la presse américaine que, « aussi longtemps que l’Europe restera morcelée, elle restera faible, et sera une source constante de conflits. […] Avec le plan Schuman et avec l’armée européenne, nous avons posé les fondations sur lesquelles nous pourrons construire les États-Unis d’Europe, libres, vigoureux, pacifiques et prospères. »
C’était en 1952, déjà une autre époque. Et les évènements qui se sont déroulés lors du sommet européen de jeudi l’attestent avec force. Les idéaux originels, puisant leurs force dans le terreau d’une volonté politique forte et inébranlable, sont désormais périmés. Dans les querelles de famille, personne ne peut se targuer d’être tout blanc. De même, aucun des protagonistes ne saurait endosser tous les torts. Ainsi, si la politique discriminatoire menée par Paris l’encontre des Roms est honteuse et que le populisme de Nicolas Sarkozy doit être montré du doigt, les propos de la commissaire européenne à la justice et aux droits fondamentaux des citoyens, Viviane Reding le sont également. Rapprocher les méthodes du gouvernement français de celles pratiquées lors de la seconde guerre mondiale est d’une part une véritable insulte jetée à la face des français dans leur ensemble et d’autre part un manque de respect envers la mémoire de toutes les victimes du nazisme. Viviane Reding marque là un splendide point Godwin.
Alors qu’il aurait été de bon aloi de calmer le jeu, Nicolas Sarkozy, toujours aussi impétueux, n’a rien fait en ce sens. Bien au contraire. Tout d’abord, en estimant « que si les Luxembourgeois voulaient les prendre [les Roms], il n’y avait aucun problème« . Le lait est ensuite encore monté avec la violente passe d’arme entre Nicolas Sarkozy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lors du déjeuner du sommet européen d’hier. Comme si cela ne devait pas suffire, il est aujourd’hui en délicatesse avec la chancelière allemande. Il avait assuré que l’Allemagne envisageait de procéder à « des évacuations de camps » de Roms. Pourtant, cette question n’a été évoquée « ni lors du Conseil européen ni lors d’entretiens en marge », selon un porte-parole d’Angela Merkel.
Les dirigeants européens devraient se focaliser sur la crise économique et ses lourdes conséquences pour leurs pays respectifs mais le vieux continent préfère se déchirer un peu plus sous les yeux effarés de citoyens qui pour certains, achèvent de basculer dans le camp des opposants à l’Europe. Et comment leur en vouloir ? Leurs dirigeants ne cessant de vanter les bienfaits de cet espace unifié, sensé apporter son lot de bienfaits, passent pour des tartufes.
Si je suis un fervent défenseur d’une Europe unifiée, ce n’est certainement pas de cette Europe-ci. Cette nouvelle querelle va donc creuser encore un peu plus le fossé déjà bien profond entre le peuple français et les institutions européennes.




