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Diadème temporel
Catégorie: En prose, PoésieTags:
La poésie, ce n’est pas sa tasse de thé. Je pourrais lui écrire bien des vers mais combien sonneraient juste ? Combien parviendraient à vibrer au rythme de son souffle ? Très certainement, quelques rimes sauraient venir épouser ses courbes ou se déposer sur le rebord de son regard. Pourtant, ces mots resteraient un futil assemblage de lettres, métaphore des legos de mon enfance. Et puis la poésie… cela n’est pas sa tasse de thé. Il me faut donc trouver une autre tasse ainsi que le breuvage pour l’épancher. Une infusion de tendresse pour voir sa peau frémir comme la surface de l’océan sous la brise marine, des arômes de douceur à tremper dans l’eau de son quotidien, des fragrances de caresses pour venir chatouiller ses narines, … Les décoctions à composer sont multiples mais aucune ne saurait offrir une odeur plus parfaite que celle de sa chevelure ; aucune ne pourrait ravir la langue autant que le goût de sa peau sablée.
Je m’étais promis de ne pas écrire des vers. Mais malgré moi, son image m’a guidé vers des rivages poétiques. Mes pas foulent une herbe fraîche et humide de rosée matinale. Devant moi, à quelques mètres, des buissons en bataille se dressent. Leurs couleurs chamarrées dansent et paraissent e mouvoir, défilé impromptu sans cesse renouvelé.
Des pétales desséchés gisent à terre. Le bruit de mes pieds les embrassant résonne à mes oreilles. Craquement des végétaux abandonnés là au gré des saisons. Je me penche pour en saisir une pleine poignée. Entre mes paumes, je la pétri, la malaxe. Les pétales s’effritent, poussière glissant de mes doigts. Ils tombent sur l’humus de ma vie. Debout sur ce lit de matière organique, je ne cesse de réduire en scories ces souvenirs abandonnés depuis longtemps. Aucune sève ne s’écoule. L’inspiration de ces amours au passé composé est désormais tarie.
Sous les frondaisons du royaume de cette princesse, des charmilles s’étalent, allées visiblement sans fin s’enfonçant loin à travers les charmes de ses contrées. Dans une de ces tonnelles, je me suis saisi d’une ramure et j’ai commencé à la tresser sur le fil argenté du présent. Des heures durant, je n’ai cesse de travailler. J’ai continué mon ouvrage jusqu’à des heures indues. Sous les étoiles de sa présence, j’ai tressé encore et encore. Les saisons se succédaient. La peau de mes mains se desséchait sous la chaleur des jours torrides avant de se craqueler sous la gerçure du froid hivernal. La pluie, la neige, le vent, toutes ces variations temporelles rehaussaient mon œuvre.
Le jour où cette princesse qui n’aime pas la poésie viendra me trouver, à défaut de vers, je déposerai sur son front un diadème de verdure confectionné sur la trame de nos altérations partagées.





