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Envie de…


Envie de me foutre en l’air, lassé de jouer à « Tout va très bien Madame la marquise», de donner le change en permanence, de jeter mon sourire à la face des gens comme une convenance. Les mots me fuient et les rimes se sont évaporées depuis longtemps dans le cours asséché de ma défunte inspiration.

Tenter de pourfendre cette solitude haïe en se rendant sur les salons de discussion en ligne, constater que l’herbe n’y est pas plus verte. Mes yeux morts regardent les lignes défiler sur l’écran. Des propos ineptes s’enchaînent dans le grand vide intellectuel. D’un clic fatigué de souris sur les pseudos, je visite les profils.

« Slt. Mon prénom est Sand .J’chui une meuf cool. Venez me parler pour en savoir +. »
« Hello. J’mapel Karo. S’y t’ai 1mek cool, j’sui la pr toi. »
« par pitié g 16 an mé je ne sui pa pr autan une gamine attardé ki ne coné rien a la vi et a ce kel comporte!!! » tente d’écrire intelligemment une autre.

Vous savez quoi Sand et Karo ? Allez vous faire foutre. Restez dans votre monde virtuel à vous écouter parler. Projetez vos rêves à la petite semaine sur vos écrans. Vous ne les en fracasserez que mieux ensuite.

Mon vide à moi n’est que trop plein. Quand vous me serrez la main, ne sentez-vous pas que vous ne faites que saluer la solitude ? Ne ressentez-vous pas cette sensation glacée vous prendre les doigts dans un étau, cette caresse accompagnant la venue de la mort ? Où êtes-vous passées mes muses ? Que sont devenues mes passions ? Mon armée de songes est partie pour ne plus revenir. Elle s’est fracassée sur la réalité.

Je suis debout dans le champ de ma désolation. Pendant que le monde se contente de vivre, je tente de survivre. J’erre dans le cimetière de mon enfance. Les tombes sont parfois fendues, parfois fracassées. Ronces et orties rampent parmi les fissures. La nuit, je dors parmi ces vestiges d’une époque révolue.

Envie de me foutre en l’air, dernier pied de nez à cette enfoirée de vie.
Lui faire la nique une ultime fois.
Vous faire tous la nique.

Pourtant, je reste encore debout.

Le geôlier


Je marche sur les horizons superposés des futurs finis.
La lande des lendemains desséchés s’étend vers nul part.
Jours et nuits s’embrassent et viennent étreindre l’infini.
Les rires des matins chagrins fécondent les pleurs du soir.

Un enfant perdu hurle, prisonnier de la chair d’un adulte.
Il s’agrippe à mes veines et déchire mes muscles endoloris.
De sa tristesse, il fait de chacun de ses souvenirs une insulte.
Dans sa solitude, il se forge un monde sous le signe de l’oubli.

Derrière mes rêves, j’ai recherché la clef pour le libérer.
Sous les lettres de mes vers, j’ai cru trouver la serrure.
Ma quête est restée vaine et je suis malgré moi ce geôlier.
Je reste debout dans le champ du Présent avec une cassure.

La marelle


L’enfant marche seul dans la cour de maternelle.
Dans sa tête, il imagine de somptueux cadeaux.
Cachée dans sa main, une craie dérobée au tableau.
Sur le goudron, il trace avec soin une marelle.

Il veut partir de la terre, se rendre au ciel,
Tracer sa grande odyssée sur le bitume.
L’absence a comme un goût d’amertume,
Le désert de son cœur s’étiole en sel.

Il jette le caillou sur le tracé de son voyage.
Ici même, sa petite maman est repartie.
Sur cette case, elle s’est diluée dans la vie.
Ses tendres baisers se fanent dans la cage.

A cloche-pied sur les ailes d’un ange,
Il escalade les nuages vers les cieux.
L’enfant sourit ; il est enfin heureux.
Ses camarades rient de cet être étrange.