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Du crime d’un fils à l’indécence d’un père


Mohamed Merah, un nom hier encore totalement inconnu, aujourd’hui synonyme de deuils, de souffrances et d’incompréhensions. Un nom qui déclenche des réactions à la mesure du traumatisme vécu. Je ne souhaite pas participer aux polémiques sur les motivations de l’auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, les failles réelles ou supposées des services de renseignement ou encore sur les conditions dans lesquelles le RAID est intervenu. Les réactions sont déjà nombreuses et mon propre avis n’a que peu d’intérêt. En revanche, il est deux points sur lesquels je souhaite vivement réagir.

Tout d’abord, l’attitude proprement honteuse et révoltante de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira qui a laissé planer le doute, mardi 27 mars, sur la possible diffusion des images des tueries de Mohamed Merah. Après un temps de réflexion, ils ont décidé de ne pas les passer à l’antenne. Les fortes pressions exercées par le plus haut sommet de l’Etat ainsi que l’assignation de la chaîne en référé par le parquet de Paris ne sont sans doute pas pour rien dans cette décision. Le communiqué d’Al-Jazira annonçait que « conformément à son code d’éthique et compte tenu du fait que les vidéos n’ajoutent aucune information qui n’est pas déjà du domaine public« , elle « ne diffusera pas leurs contenus« . Quelle hypocrisie. Comment peuvent-ils évoquer un code éthique après avoir songé à les diffuser, ne serait-ce qu’une demi-journée ? Si un véritable code éthique devait les guider, ce temps de réflexion n’aurait pas été nécessaire pour juger de la pertinence ou non de la diffusion de cette vidéo. Ce supposé code éthique aurait permis de trancher à l’instant même de la réception de ce document : aucune diffusion ne saurait être tolérée. Outre le fait qu’Al-Jazira France s’exposait à une action civile engagée par les proches des victimes devant le tribunal de grande instance pour atteinte à la dignité de la personne humaine (article 16 du Code civil), le faire eut été un second assassinat, envers la mémoire des victimes et un viol pur et simple du respect du deuil des familles. Par ailleurs, passer à l’antenne ce funeste testament aurait apporté sur un plateau une gloire posthume à Mohamed Merah pour quelques illuminés, collaborant de fait activement à son message de haine. Il fut un temps où la ligne éditoriale d’Al-Jazira était de passer à l’antenne les messages d’ Al-Qaïda. Avec cette hésitation, devons-nous craindre que la chaîne revienne à ses vieux démons ? Il n’est pas choquant de se poser la question.

Si il est une personne qui n’a aucune éthique, et j’en arrive à mon second point, c’est bien le père de Mohamed Merah. Que la douleur le remplisse, je le conçois. Qu’il soit le père d’un assassin n’enlève rien au respect que nous devons à toute souffrance. Qu’il ait abandonné son fils ne le rend en rien responsable de la folie meurtrière de ce dernier et ne retire aucune légitimité à sa souffrance. Par contre, comment justifier qu’il charge une avocate de poursuivre le RAID pour assassinat ? « M. Merah considère que son fils a été assassiné. Il nous a chargés de porter plainte contre les services de sécurité français, a indiqué cette avocate. Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, lui avait demandé de se taire. Effectivement, ce monsieur eut été plus avisé de ne pas s’exprimer. Car si nous devons respecter sa douleur, il se devrait de faire de même envers les victimes : trois enfants, un professeur et trois soldats. Avec son souhait de porter plainte, Mohamed Benalal Merah ajoute l’indignité à l’horreur, l’indécence en étendard.

Le lecteur avisé comprendra facilement les raisons pour lesquelles j’ai choisi, contrairement à une majorité de médias, de ne pas faire figurer une photo du criminel mais une vision œcuménique des trois grandes religions monothéistes.

Si l’amour est aveugle, la bêtise également


Je le confesse. Il m’arrive parfois de regarder certaines émissions de télé-réalité, non pas en aficionado de ces divertissements mais simplement pour me faire une idée par moi-même, au-delà du qu’en-dira-t-on. La seule émission où je prends un plaisir pleinement assumé est Koh-Lanta, diffusée le vendredi soir sur l’ORTF sarkozienne, TF1. Bien entendu, elle fait appel au voyeurisme mais celui-ci n’est pas dévoyé. Des valeurs nobles sont mises en avant et il est toujours intéressant d’observer les jeux d’alliances et les stratégies se mettre en place et se défaire. Vendredi dernier, j’ai donc regardé Koh-Lanta. A l’issue de l’émission, une autre télé-réalité : « L’amour est aveugle ». Sans doute déjà trop avachi dans mon canapé, j’ai eu la faiblesse de ne pas zapper et donc de découvrir ce nouveau programme de haute volée concocté par le premier producteur de bouses audiovisuel pour le PAF français qu’est Endemol.

Le principe, comme toujours racoleur, est simple. Six célibataires composés respectivement de trois filles et trois garçons, évoluent pendant 4 jours dans l’obscurité. Pour que le téléspectateur puisse néanmoins assouvir son voyeurisme, le tout est filmé via  des caméras infrarouges. Les filles et les garçons se retrouvent dans une pièce afin de pouvoir faire plus ample connaissance.  A l’issue de cette période de 4 jours en autarcie, les couples éventuellement formés peuvent finalement apercevoir l’aspect physique de l’autre et décider de la suite à donner à leur relation. Le casting est tout sauf neutre. Ainsi, pour les filles, toutes avaient un physique plutôt agréable (même si des goûts et des couleurs…) sauf une, au visage charmant mais au corps obèse et manquant d’assurance en elle. Du côté des garçons, une photocopie conforme. Des hommes bien faits, beaux parleurs et séducteurs… sauf un. Julien, 24 ans, ingénieur en informatique et au physique très banal. Les deux vilains petits canards devaient assurer l’audience. Dans l’arène du show télévisé, le spectateur allait pouvoir baver tout son content d’humiliations et de moqueries. Comme de bien entendu, les éliminés furent ces deux éléments discordants.

Or, depuis son passage dans l’émission, Julien fait le buzz sur internet, et pas à son avantage. Il est vrai que celui-ci s’est illustré d’une bien étrange façon. Passionné d’informatique, de psychologie et de philosophie, il détonnait des autres candidats par ses remarques maladroites. Quelques-unes de ses répliques sont déjà cultes.
S’adressant à une candidate, il lui demande « T’es serveuse ? Mais, c’est un accident ? » ou bien quand il affirme que « de toutes façons, si (il) essaie de le faire sans sentiment, y a popol qui se lève pas, donc c’est pas la peine ». Il s’emportera également vivement contre un de ses camarades de jeu suite à une remarque de ce dernier qui n’est pas de son goût. Quand il quittera l’émission, il déclarera « J’pense que j’ai fait honneur aux roux ».

Que ce garçon soit lunatique, qu’il se comporte étrangement, apparaissant comme décalé voir même comme associal, j’en conviens. Cependant, cela saurait-il justifier le déchainement de commentaires moqueurs et acerbes à son encontre ? Encore une fois, on observe le fruit de l’accouplement, d’autant plus malsain que consenti, d’une société de production avec un public demandeur de toujours plus de trash. Les victimes sont parfois consentantes (cf. le pitoyable et risible Mickael Vendetta), d’autres fois totalement dépassées. Julien est de cette seconde catégorie.  Des groupes sont créés sur Facebook dans le seul but de rire à ses dépens et les internautes se lâchent dans les forums. Endemol, toujours prompt à réagir, n’a fait aucun commentaire. Je gage cependant qu’ils doivent se réjouir d’un tel « succès ».

Julien a déclaré dans une interview au quotidien « France Soir » qu’il « commence à regretter, ça devient ingérable. Lorsqu’on (le) traite de psychopathe, ça ne (le) touche pas, car seul un psy est habilité à tenir ces propos. Quant aux insultes et aux moqueries, (il y est) habitué depuis la maternelle. Mais (il a) reçu une menace de mort et (il) ne sais pas quoi faire… ». Que des individus aillent jusqu’à le menacer de mort me laisse pantois. Mais ce dernier fait, doublé du lynchage sur la place publique par une opinion décérébrée est un révélateur bien cruel jeté à la face de notre société. En diffusant sans aucune morale ni retenue ces étrons dans le siphon des gogues audiovisuels, la télé-réalité est bien devenue cette arène dans laquelle le téléspectateur abaisse le pouce pour abattre celui dont il refuse la singularité.

Stéphane Guillon, porte-parole d’une vox populi au rabais


Ces derniers jours, Stéphane Guillon m’a déçu. Je suis pourtant un adepte de son humour volontiers corrosif et grinçant. Il sait décocher ses traits aux endroits qui font mal, sans s’embarrasser du politiquement correct. Du moins était-ce le cas jusqu’à récemment. L’une de ses récentes humeurs sur France Inter est venue ébranler l’image et l’idée que je me faisais du personnage. Pour qui suit l’actualité des médias, il ne lui aura pas échappé la dernière polémique suite à son portrait sur Eric Besson dans lequel il le dépeint comme un « Mata Hari » de la politique, « antipathique » avec « des yeux de fouine, un menton fuyant. Un vrai profil à la Iago » (personnage de traître dans « Othello » de Shakespeare). Toujours dans ce même portrait, il est accusé d’être « une taupe du Front national », envoyé pour « infiltrer le PS, démissionner et rejoindre Nicolas Sarkozy pour, une fois au gouvernement, manœuvrer et relancer les thèses du FN« . Suite à cette chronique, le ministre de l’Immigration a dénoncé une « dérive » de l’humoriste, l’accusant de « défendre des thèses » politique. Un certain nombre de personnalités sont venus apporter leur soutien à Eric Besson, arguant que l’humour ne saurait tout autoriser et particulièrement la moquerie sur le physique. Je pense l’exact contraire. Dans une démocratie, la caricature est un droit et celle-ci, par définition, trouve sa source dans la déformation excessive des traits. C’est une de ses raisons d’être. Que Jean-Luc Hees, le PDG de Radio France, présente les « excuses du groupe » public et déclare sur le point.fr que « les critiques sur le physique des personnes n’ont pas lieu d’être sur France Inter » pose question sur un espace d’expression qui ne cesse de se réduire.

Je n’ai aucune once de sympathie pour Eric Besson. Cependant, quand celui-ci réclame un débat en face-à-face avec Stéphane Guillon et que ce dernier déclare qu’il « accepte de débattre avec Eric Besson« , mais uniquement « si Nicolas Sarkozy débat avec sa marionnette des Guignols (de l’Info)« , que faut-il en penser ? L’humoriste semble aimer uniquement frapper dans le dos mais est incapable d’affronter ses victimes. Tel un empereur, il exécute son homme dans l’arène médiatique avant de lui tourner le dos, le laissant seul face à la vindicte populaire. Et la vindicte populaire, il sait la flatter et l’exploiter. Franchement, est-il risqué de s’attaquer à des figures abhorrées par une majeure partie de l’opinion publique ? Est-ce faire preuve de courage que de crucifier chaque matin, bien caché derrière son micro, un absent ? Stéphane Guillon aime à renvoyer l’image d’un homme qui se joue des puissants. Il n’est que le bouffon du roi. Pour devenir le véritable poil à gratter qu’il entend être, l’humoriste qui ne tremble pas devant les puissants, j’attends qu’il déverse avec autant de franchise sa flasque de vitriol sur Philippe Val par exemple qui, en matière de retournement de veste, sait y faire. N’était-ce pas ce même Val qui dénonçait les extrémismes et la censure des grands médias dans les années 80 et qui, alors qu’il était patron de Charlie Hebdo, défendait bec et ongle la liberté d’expression ? C’est toujours Val qui avait ensuite licencié Siné de Charlie Hebdo. Il y là un terreau sacrément fertile à exploiter pour l’humoriste. Las ! Il s’est toujours limité à à quelques pics. Evoquons également Canal Plus. Dans « Salut les Terriens », il passe à la mitrailleuse les évènement des sept derniers jours au cours d’une revue de presse. Est-ce pour cette raison qu’il n’a jamais daigné évoquer cette chaîne dans ses diatribes ? Terminons par la religion. Pourquoi attaquer – parfois avec raison je dois dire – le Pape et passer sous silence les excès dans lesquels versent d’autres religions ? Le Robin des bois du micro tremblerait-il quand se dressent des tabous ? Enfin, Stéphane Guillon devrait également relever le gant quand ses détracteurs lui proposent de débattre plutôt que de se défiler. J’ai entendu dire que Coluche n’a jamais accepté de face-à-face. Encore eut-il fallu que cela lui fût proposé. Je ne doute pas un seul instant qu’il aurait accepté. Mais l’homme avait ici une réelle envergure.

Je continuerai à écouter le trublion de service. Malgré ses évidentes faiblesses, son humour noir a le mérite de provoquer le débat et ses portraits, sous leurs airs faussement insolents, sont parfois des perles de cynisme qui savent appuyer là ou cela s’avère nécessaire. Mais Stéphane Guillon n’en reste pas moins le porte-parole de service d’une vox populi au rabais. Ni moins, et surtout ni plus.