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Festival Hellfest : la croisée Boutin repart en mission


Notre Christine Boutin nationale s’illustre de nouveau. L’acte fondateur de sa notoriété auprès des français fut posé ce fameux jour où elle tendit la Bible en direction du perchoir lors des débats sur le PACS, et pris la parole pour un discours fleuve de 5h25 d’affilée contre le Pacte civil de solidarité. Outre ses fonctions politiques, elle est également consulteur du Conseil pontifical pour la famille à la Curie romaine, un rôle pouvant se définir comme celui d’expert consultatif ce qui lui confère un statut quasi-identique à celui de diplomate du Vatican. Etonnant et plutôt gênant pour une élue du peuple français. L’objet du débat n’est cependant pas ici. Cette mise en perspective de cet OVNI politique qu’elle est incontestablement permettra aux lecteurs de mieux comprendre le pourquoi du comment de son dernier méfait.

Tous les ans, à Clisson, village de Loire-Atlantique, se tient le festival Hellfest. Cette grand-messe (noire pour Boutin comme la suite va le démontrer) des métalleux rassemble des groupes de métal qui attirent des chevelus de tous les horizons. Problème : ces derniers ne lui plaisent pas. Tel un archange paré de son glaive de justice, elle s’est donc saisi de son stylo pour se fendre d’une lettre à destination du PDG de Kronenbourg, un des sponsors de l’évènement. Elle l’invite à « prendre la mesure de la gravité de (son) soutien à de telles organisations et (à) cesser de financer ce festival ».

Un extrait de cette délicieuse missive :

Pour faire sa promotion, des affiches figurant un homme au physique satanique avec des crocs sanguinolents sans équivoque sont apposées depuis quelques jours dans de très nombreux lieux à fortes fréquentations publiques comme les gares ou les grandes surfaces. Ce visuel ne peut que choquer les enfants obligés de subir cette publicité d’une violence morbide rare.

Cette imagerie n’est que de l’apparat propre à cette musique. Par ailleurs, on se demande dans quel monde elle vit car si ce visuel devait choquer les enfants, ceux-ci doivent l’être quotidiennement, que cela soit à travers la télévision, internet, les jeux vidéos, la publicité, … Pourquoi dès lors s’en prendre spécifiquement à ce festival ? Très certainement, Christine Boutin n’aime pas ce genre musical et son univers. Que des groupes de black metal puissent faire l’apologie de la violence ou oser évoquer le nom de Satan est inconcevable pour celle qui se pose en chantre de la bienséance. Elle devrait apprendre à connaitre un peu mieux cet univers avant de le condamner aussi radicalement. Car oui madame Boutin, aussi incroyable que cela pourra vous paraitre, il existe des groupes de métal qui explorent des thématiques autrement moins grand guignolesque que le satanisme. A l’occasion, passez me voir et nous écouterons du Opeth ensemble en dégustant une bonne Kro. Soyez assurée que les métalleux ne sont pas des suppôts du Mal qui forniquent dans des catacombes autour du corps nu d’une jeune vierge.

Pour la route, un second petit extrait :

Alors qu’il est de plus en plus avéré que ce type de manifestation peut influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques au point de les amener à poser des actes graves et violents, est-il pertinent d’associer l’image de votre groupe à un festival qui promeut et véhicule la culture de mort ?

Quelques décennies plus tôt, certains responsables politiques ne parlaient pas différemment des Beatles ou des Rolling Stones. Remontons un peu plus encore dans le temps. Elvis Presley était accusé de débaucher les jeunes avec ses mouvements de hanches jugés trop érotiques. Christine Boutin ne fait donc rien d’autre que de perpétuer cette tradition de défiance. Nous vivons dans une société de plus en plus aseptisée et sous contrôle dans laquelle les exutoires sont devenus portions congrues. Il reste heureusement quelques espaces offrant une contingence pour échapper à ces multiples barrières. La musique est l’un deux, n’en déplaise à madame Boutin.

Edit : Pour être tout à fait complet, il est à noter que Philippe de Villiers s’est également attaqué au festival Hellfest : « Nos valeurs ne sont pas celles qui poussent le Conseil Régional actuel (PS) à financer un festival sataniste !« . Une déclaration grotesque à l’image de l’homme politique qu’il est…

Concerto pour Ecstasy


Je me souviens. Dans la musique, je me suis jadis enfui. Toute une jeunesse en quête d’Absolu dansait devant moi, au beau milieu d’une forêt. Disque après disque, je leur racontais une histoire, les emmenant au delà d’eux-mêmes, dans des contrées où leurs rêves prenaient forme. Les yeux fermés, ils tendaient les bras vers leurs phantasmes. Leurs pulsions refoulées se libéraient et ils s’abandonnaient au rythme syncopé d’une mélodie engendrée par la technologie. L’homme ne retournera plus à la nature. Je voyais prendre vie l’homme de demain, celui qui, pour sublimer ses propres limites, s’appuiera sur des auxiliaires qu’il aura lui-même élaboré. Quand l’homo sapiens accouche de l’homo sublimus.
Je menais la danse. Chaque enchaînement musical était programmé pour les emmener un peu plus vers ce nirvana de l’électronique et de l’artificiel. Les corps éperdus dansaient sans jamais s’arrêter et à travers mes neurones dopés aux drogues de synthèse, je voyais cette masse fusionner pour ne former qu’un seul et même corps, immense animal d’une beauté terrifiante. A coups de stroboscopes, de lanières sonores claquantes, j’étais le dompteur incontesté régnant dans toute sa supériorité.
Certaines musiques, pleinement ressenties, ne constituent rien de moins qu’un acte de subversion. Il suffit simplement de savoir sortir hors des chemins battus que nous propose une société prête à l’emploi.

Des pensées pré formatées, où faire son marché, des mots aseptisés, chloroformés ou l’on ne parle plus d’aveugle mais de mal entendant, de pays pauvre mais de pays sous développé, des émissions télévisés n’étant rien d’autre qu’un retour aux sources de la Rome antique avec ses arènes où un public assoiffé de sang décidait d’un simple pouce baissé de la mort d’un combattant. Les temps changent… Aujourd’hui, ce public ne veut plus du sang mais du sexe. A une pulsion primaire a succédé une autre pulsion tout aussi primaire. La ligne audiotel surtaxée a remplacé le pouce mais le principe reste le même. Merveille de la technologie qui permet là encore de retrouver notre homo sublimus.

Aussi le pendule de l’esprit doit-il continuer de se mouvoir.
Envers et contre tout, à propos de tout.

Ne jamais avoir de certitudes ni de vérités absolues pour continuer à avancer, voilà sans doute la seule certitude. Garder en mémoire l’adage latin de Plaute: homo homini lupus.

Le blues du vieil homme


Il enfile son vieux chapeau de feutre et tire une longue bouffée de sa cigarette. Son regard embrasse les passants qui défilent devant lui. Ils passent, indifférents. A peine est-ce si certains lui font l’aumône d’un vague regard piqué de curiosité. Dans sa barbe de quelques jours, l’homme esquisse un vague sourire. Ces badauds ne le savent pas encore mais d’ici quelques minutes, il sera le seul roi de cette place. Cependant, rien ne le presse. Il laisse le temps filer autour de lui, ce temps insaisissable auquel il refuse de se soumettre. Le soleil décline mais il est encore suffisamment présent pour que les lampadaires restent éteints. Derrière lui, une façade d’église; une de ces nombreuses églises qui parsèment la ville. Des grappes de touristes entrent et sortent de celle-ci. Appareils photos dégainés, flashs qui crépitent pour tenter de fixer un fragment de temps sur la pellicule, un éphémère éclat de vécu qui pourtant finira par s’oxyder dans les mémoires de ces voyageurs en transit dans son monde.

De sa cigarette presque entièrement consumée, il aspire une dernière bouffée. Acteur de sa propre pièce de théâtre, il se prépare à entrer en scène. Les pavés centenaires sont ses planches, la nuit tombante son ouverture de rideau. Il s’assoit sur les premières marches de l’église. Il peut surprendre certaines pensées qui l’imaginent faire la manche et quémander quelques malheureuses piécettes. Derechef, il sourit. Personne n’attend encore après lui. Pourtant, dans peu de temps, son public sera là. Contre toute apparence, il sera celui qui accordera une obole, quelques morceaux de rêve.

Ces doigts se mettent en position. Malgré la corne de ces années passées à forger la musique de ses amours perdus, de ses attentes à jamais suspendues, le contact des cordes le fait à chaque fois frissonner tel un couple de vieux amants qui ne cessent de s’aimer et de vibrer aux accords de l’autre, transcendant le temps qui s’écoule. Les premières notes retentissent dans la chaleur de cette soirée d’été. Le spectacle de la rue s’est mis en pause. La guitare converse avec les gargouilles grisâtres. Les notes s’envolent, cristal sonore se répandant autour de lui. Les yeux mi-clos, il aperçoit un couple faire halte sur un banc à quelques mètres. Ils se tiennent par la main et écoute cette ballade impromptue. De ses cordes vocales ébréchées par les doigts râpeux du whisky, une voix rauque vient enlacer la mélodie de sa guitare. Les accords pleurent, sublimes. Ici-même, il se revoit embrassant pour la première fois cette jeune fille rousse. Sa peau avait un goût de pêche assaisonné aux tâches de rousseur. Ses lèvres charnues sur lesquelles se promenait sa langue étaient un lit de roses fraîches où il venait s’égarer. Oui, c’était ici, un passé révolu qu’il conserve dans l’écrin de ses chansons.

Depuis combien de temps est-il là en train de jouer ? Il n’en a cure. Tandis que le rang des spectateurs ne cesse de grandir, il danse avec le souvenir de cet ange aux cheveux flamboyants, ce joyau de jeunesse incrusté dans son cœur et qui se brisa, transperçant son futur et l’emmenant là où jamais il ne pourra l’atteindre, sur des flots rougeâtres en furie.

Et tandis que par une nuit estivale, sur les marches d’une église, un vieux chanteur de blues fait vibrer sa guitare, lui arrachant des sanglots d’une rare beauté, une grand-mère aux bras piquetés de tâches de rousseur narre son premier amour perdu à sa petite fille rousse.

Cirrhose du temps passé


Toujours les mêmes paysages couleur cendre
Les bouts incandescents des cigarettes rougeoient
Yeux rougeâtres miroitant dans des regards tendres
Les fumées s’envolent dans les airs et tournoient

Les haut-parleurs crachent leurs notes binaires
Des couples improbables s’agrègent sur la piste
Des corps, une écume de chaleur diffuse dans l’air
La scène tant rejouée expire dans un soupir si triste

Toujours les mêmes regrets aux couleurs trépassées
Dans cette boîte de nuit, je m’étire jusqu’à dislocation
Le verre de whisky se vide dans mes larmes asséchées
Dansez jeunesse, profitez de ces doux moments d’été

Ma propre vie s’est arrêtée, suspendue sur un point-virgule
Balafre béante, ouverte sur le gouffre d’une vie en chute libre
Sur cette fille frivole qui danse, le temps a jeté son opercule
Elle fut moi avant que l’alcool ne m’ôte mon dernier rire.

Le jazzman


Ses doigts courent le long du saxophone. Les filaments de lumière des lampadaires rebondissent sur le laiton de l’instrument, dansant au rythme des ondulations du musicien. Des badauds s’attroupent. Certains s’arrêtent le temps d’une musique, d’autres se laissent aller à égrener les minutes, oubliant pour un temps leur destination.

Le jazzman solitaire voit son public grossir. Il ferme les yeux, laisse son imagination glisser sur les notes. Il n’est plus dans une rue mais sur la scène. Oublié son vieux chapeau feutre posé devant lui où résonne parfois le tintement d’une pièce, effacé le souvenir de sa maîtresse la nuit dernière, il fait chanter ses rêves. Son souffle coule en flots d’octaves et de quintes. Il navigue sur une rivière de sons dont il creuse le lit avec patience avant de faire exploser en cascade les arpèges. Chaque vibration de l’anche sur la facette du bec éclate en feu d’artifice sonore dans les oreilles de son auditoire.

Des gouttes de pluies viennent s’écraser sur un bitume chauffé par une chaude journée d’été. Il continue à jouer, capturant chaque parcelle du paysage urbain pour la rehausser d’un manteau de mélodie. Au loin, le tonnerre gronde sourdement. Le vent se lève et les quelques gouttes deviennent averse. Les badauds se ressaisissent rapidement de leurs chapelets temporels et s’éparpillent. Le jazzman reste seul sur son bout de quai de Seine. Son chapeau feutre détrempé s’affaisse. Toujours, le saxophone continue de chanter. Les doigts agiles sautillent de clefs en clefs. Le vent s’engouffrant sous le Pont Neuf en mugissant est son chœur ; la pluie tombant sur les pavés sa rythmique.

Il est seul avec sa musique. Un passant téméraire pourrait bien s’arrêter, il ne verrait pas les larmes poindrent aux coins de ses yeux. Car ses émotions s’accordent au registre de sa mélodie. Qu’elle soit grave, médium ou aigu, elle enlace son âme.

Et ce soir, même s’il boira seul son café au comptoir du troquet du coin, même s’il passera la nuit sous un pont, abandonné sans prévenir par une maîtresse qui aimait sa musique à défaut de l’homme qu’il est, le jazzman se couchera heureux, rêvant à la musique de ses lendemains.

Transmutation de l’alpha


Des mots en pleine figure. Impact des voyelles sur les arêtes du présent ; choc des consonnes sur l’esquisse du futur.

Tu fus mon alpha.

Flashback ; travelling arrière sur ces jours qui se peignaient sur la toile de l’espoir. Zoom sur ton regard bleu pâle. Ton iris éclate en rivière de diamants. Un regard qui appose ses lèvres sur tes perles d’émotion. A nos pieds, la Seine s’écoule tranquillement. En arrière plan, derrière un bosquet d’arbres, la couronne de lumière de la Tour Eiffel émerge. Ralenti sur nos mains qui se cherchent ; nos corps qui s’enlacent sous les premiers jours de l’été. Un peu plus loin sur le quai, un homme caresse sa guitare. Bande originale du court métrage : Sairway to heaven en acoustique.

« There’s a Lady who’s sure all that glitters is gold »
En étais-tu si certaine ma Lady ? Ne voyais-tu donc que de l’or dans mes pas ? Si ceux-ci brillaient tant, ce n’était que pour t’ouvrir le chemin dans ta nuit. Si mes yeux ne reflétaient qu’un lac dans lequel te baigner, ce n’était que pour pouvoir t’y plonger tout ton saoul. Ma Lady, tout ce qui brillait n’était pas or terrestre. Tu étais l’alchimiste m’offrant la Pierre Philosophale. De cette substance, je transmutais notre vil quotidien en moments précieux que j’enfilais les uns derrière les autres pour te parer d’une rivière comme jamais autre dame n’en a portée. Aurais-je du en extraire également la Panacée pour venir apaiser tes maux ? Dis-moi ma Lady, aurait-ce été suffisant…

« And she’s buying a stairway to heaven »
Non. Le paradis n’est pas ici bas. Toutes ces nuits passées avec nos creusets et nos athanors, à mélanger des onces de promesses et à distiller nos sentiments ne furent que pure perte. L’œuf philosophique n’est qu’une légende pour les âmes candides. L’escalier menant au paradis est en ruine depuis longtemps. Nous le savions pourtant ma Lady. Nous le savions…

Nouveau travelling. Retour sur une toile de l’espoir sur laquelle achève de déteindre les couleurs de nos sourires. A nos pieds, la Seine s’écoule toujours tranquillement et la lumière de couronne de la Tour Eiffel continue de flirter avec les astres.

Tu es partie. Seuls restent tes mots qui se brisent sur la réalité. Le guitariste est toujours là, jouant inlassablement la même bande originale.

« Sometimes all of our toughts are missgiven »

Tu es mon oméga.