Souscrire au Flux RSS
soyez informés des
dernières nouvelles du site
et des derniers articles

« Les infiltrés », journalisme ou enquête policiaire ?


Devant le buzz généré par le dernier numéro de l’émission « Les infiltrés » sur France 2, j’ai pris le temps de le visionner hier soir sur internet. Consacré à la pédophilie sur internet, ce reportage choc nous immerge au cœur de ce monde glauque et, disons-le franchement, à vomir. Pour ma part, je n’ai pas appris grand chose. Depuis que l’internet a étendu ses tentacules jusque dans les foyers de monsieur et madame tout le monde, cet espace est le terrain de jeu des prédateurs de tous poils. Longtemps d’ailleurs, les médias ont semblé ignorer ce qui pouvait s’y dérouler pourtant au vu et au su de tous. Ainsi, au début des années 2000, Caramail, à présent défunt, était une des communautés d’utilisateurs francophones les plus importantes avec un tchat regroupant plusieurs dizaines de milliers de connections simultanées. Chaque internaute pouvait créer son propre salon de discussion, lequel apparaissait dans une liste globale reprenant l’ensemble de ces salons. Au milieu de ceux consacrés à un genre musical, à une personnalité, à la politique et à tant d’autres thèmes, certains affichaient clairement la couleur avec des intitulés aussi directs et infects que « Je bande pour ma petite sœur ». Bien entendu, la modération finissait par supprimer ces salons mais ils pouvaient rester ouverts quelques heures avant d’être inquiétés. Je ne me souviens pas, à l’époque, avoir lu ou entendu des médias se faire l’écho de ce problème.

Ce numéro des infiltrés aura donc permis de mettre l’accent sur une réalité trop longtemps occultée. Par-delà le côté voyeuriste du sujet, sa diffusion sur une des principales chaînes du réseau hertzien offre l’occasion de toucher un maximum de personnes, souvent totalement naïves et ignorantes du sujet. Si cela permet à des parents de prendre conscience du danger à laisser leurs jeunes enfants se rendre seuls sur la toile, tant mieux. Il est assez ahurissant de constater que seuls 10% des ordinateurs familiaux sont équipés d’un logiciel de contrôle parental. L’émission permet également de mettre le doigt sur un autre point sensible : la modération. Comment exiger des personnes en charge de veiller à la bienséance et à la bonne tenue des tchatteurs d’être efficaces et aussi irréprochables que possible quand ces derniers sont, pour l’essentiel, des bénévoles ? Pour avoir été moi-même environ un an un de ces modérateurs bénévoles  sur un salon francophone, je sais combien le sujet est problématique. On se connecte quand cela nous est possible. La nuit, il arrive souvent que les salons se retrouvent sans aucun modérateur. Il faut bien dormir. Le jour, la plupart travaillent. Cette façon de « recruter » permet aux sites en question d’économiser des salaires, au détriment de la sécurité des plus jeunes. Certains commencent à intégrer l’idée de faire appel à des professionnels pour gérer leurs espaces. Malheureusement, c’est encore une minorité. D’autres optent pour la mise en place de robots. Or, jamais des robots ne remplaceront le jugement d’un être humain. Ils peuvent de plus être facilement contournés. Une véritable réflexion devrait s’engager sur le sujet avec l’ensemble des acteurs concernés.

Je ne peux terminer cette chronique sans évoquer la cause de tout le buzz engendré par cette émission. Le journaliste s’est fait passer pour une jeune fille de douze ans pour piéger des pédophiles et parvenir à les rencontrer, allant à l’encontre de deux devoirs essentiels de la profession :

  • Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public à de connaître
  • Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents.

Il n’est donc pas illégitime de s’interroger sur les méthodes d’investigations employées.

Suite à l’enquête, furent dénoncés aux forces de l’ordre certaines des personnes rencontrées. David Pujadas, présentateur de l’émission affirme : « On ne va pas s’empêcher de dénoncer un violeur de mineurs parce qu’on a notre carte de presse !« . Hervé Chabalier, président de Capa (producteur de l’émission) n’est pas en reste et va dans le même sens : « On ne dénonce pas, on signale« . Enfin, Me William Bourdon, avocat de Capa, se réfère à l’article 434-1 du code pénal qui fait obligation à quiconque, dans certains cas criminels, d’informer les autorités judiciaires ou administratives.  Même si le propos d’Hervé Chabalier peut prêter à sourire (car si monsieur, ne jouons pas avec les mots, il s’agit bien d’une dénonciation. Pourquoi ne pas l’assumer pleinement ?), ils ont chacun raison. Il est évident que tout journaliste sain d’esprit dénoncera des pédophiles qui s’apprêtent à commettre l’irréparable. Le contraire serait proprement scandaleux. Cependant, là où le bât blesse, c’est sur les méthodes employées pour cette enquête. Où s’arrête le journalisme et où commence le travail de la police ? Où se situe la ligne jaune qui transforme le journaliste en auxiliaire de la police ? Lors de son investigation, le journaliste avançait masqué, sans faire état de sa profession.  Dès lors, la donne est faussée. Par ailleurs, si nous considérons comme acceptable qu’un journaliste collabore avec les autorités pour un pédophile, où doit se situer le curseur ? Un criminel de guerre, responsable de la mort de milliers de personnes, est-il moins condamnable, plus digne d’être protégé dans son anonymat qu’un pédophile ? C’est une vraie question à laquelle je ne prétends nullement apporter une réponse définitive. Cependant, il me semble que ce noble métier qu’est le journalisme devrait veiller à ne pas se retrouver trop souvent sur des terrains brumeux dans lesquels son devoir de réserve sur ses sources est amené à voler en éclat. C’est là toute la crédibilité d’une profession qui est engagée.

Pédophilie dans l’Eglise, une curée pas très catholique


Une nouvelle fois, un scandale de pédophilie vient entacher l’Eglise. A Rouen, un prêtre a été mis en examen pour des faits datant des années 90. Si l’horreur de ces actes ne saurait être contestée, je m’interroge tout de même sur ce raz-de-marée soudain qui amène désormais chaque jour son lot de révélations. Une omerta se serait-elle levée, révélant un scandale longtemps caché ou bien une cabale savamment entretenue par certains médias chercherait-elle à imprimer insidieusement dans l’opinion publique l’idée que la majorité du clergé se livrerait à ces actes délictueux ?

Il suffit de parcourir les forums des sites des principaux quotidiens de la presse ou bien de faire un tour sur les groupes Facebook pour le constater. L’Eglise n’est qu’un ramassis de pervers et tout prêtre est un pédophile en puissance. La curée des anticléricaux est lâchée. Il faut bouffer du curé jusqu’à l’indigestion, jusqu’à en vomir. Ces mêmes personnes qui font preuve d’aussi peu de discernement sur le sujet oseraient-elles faire les mêmes raccourcis stupides sur des sujets autrement plus sensibles ? Non. Gageons même qu’elles furent parmi les premières à s’offusquer du désormais célèbre propos d’Eric Zemmour : « (…) la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. » Pourtant, ont-elles plus de retenue dans leurs réactions sur les cas de pédophilie dans le clergé ? Bien au contraire. Pour ces gens-là, la plupart des prêtres sont des pédophiles… C’est un fait. Je m’étonne également de la différence de traitement qu’opèrent les médias selon les religions. Une telle bronca est-elle déclenchée quand un imam harangue dans une mosquée avec un prêche incendiaire ? Bien sur que non car un imam fanatique ne signifie pas que tous le soient. La même retenue serait souhaitable et nécessaire pour la religion catholique.

L’archevêque de Rouen, Mgr Descubes, a déclaré au micro de RTL que, « on le sait, la majeure partie des cas de pédophilie a lieu à l’intérieur de la famille et sont le fait d’hommes mariés. D’autres corporations comme le corps enseignants sont encore plus touchées. (…) Je ne vois pas que ces autres institutions soient salies autant par la presse. Il ne faut pas entacher l’immense majorité des prêtres qui consacrent leur vie à l’Eglise. » J’approuve une partie de son propos. Effectivement, aucune autre institution n’est salie autant que ne l’est l’Eglise car ces autres institutions ne génèrent pas des réactions aussi à vives, avec une seule volonté, celle de détruire. Malheureusement, il élude l’épineuse question du célibat des prêtres qui mériterait pourtant d’être posée. Si celle-ci n’est pas la cause des déviances de certains, elle peut cependant être l’une d’elles, parmi d’autres conséquences : homosexualité, prêtres défroqués, … Bien sur, ces deux derniers cas ne sont pas condamnables, contrairement à la pédophilie. Mais l’ensemble de ces faits devraient amener le Vatican à reconsidérer la question du voeu de chasteté plutôt que de voir le sexe comme un sujet tabou dont on ne parle que du bout des lèvres.

« Confession d’un pédophile, l’impossible filtrage du web »


A l’heure où les politiques occidentales semblent s’orienter vers une surveillance généralisée du web, voir même pour certaines une censure, un ouvrage vient donner un sacré coup de pied dans la fourmilière, mettant à mal l’argument de lutte contre la pédophilie dont usent et abusent les politiques pour mieux distiller au sein d’une population cette acceptation d’un Etat dopé aux hormones chinoises. Si il ne s’agit nullement de nier la gravité de la pédophilie, cet argument est un cache-sexe (sans vouloir pratiquer un jeu de mot hasardeux). Loin d’éradiquer ce fléau, un filtrage aurait pour seul effet de renforcer ces réseaux criminels qui s’enfonceraient un peu plus dans un web crypté, échappant à toute surveillance étatique. En France, ce projet de surveillance et de filtrage répond au doux nom de loi Loppsi 2.

Face aux risques que fait peser ce projet sur l’avenir de l’internet francophone, « Confession d’un pédophile, l’impossible filtrage du web » vient offrir un éclairage nouveau, battant en brèche les idées reçues sur la supposée efficacité d’un filtrage de la pédopornographie, ce thème douloureux permettant ensuite de généraliser progressivement le filtrage sur des sujets moins racoleurs.

L’ouvrage peut être commandé en version papier (8 euros), ou téléchargé et diffusé librement sous licence Creative Commons by-sa (.pdf).

Et il est bien entendu à diffuser au mieux dans son entourage.

La quatrième de couverture :

Le contenu de ce livre est choquant. Il scandalise par le thème qu’il aborde, la pornographie infantile. Il heurte par la froideur et la pertinence de son analyse. Il choque par la conclusion de sa précise démonstration : filtrer Internet des contenus pédopornographiques fera la richesse des pédocriminels et protègera les pédophiles de toute action des forces de l’ordre. En un mot, la loi Loppsi prépare un monde dans lequel aucun parent responsable ne voudrait voir vivre ses enfants.

Préfacé par Robert Ménard, fondateur de Reporter Sans Frontières, rédigé par des professionnels de la lutte contre les pédophiles en ligne, Hervé Recoupe, ancien directeur d’enquête de la gendarmerie ou Tom Morton, expert informatique auprès des tribunaux anglais, cet ouvrage revient sur le business lucratif de la pornographie enfantine, explique clairement le fonctionnement et les techniques sophistiquées d’accès à ces contenus et dissèque les conséquences de toute tentative de filtrage d’Internet.

Basé et étayé sur le témoignage avéré et vérifié d’un pédophile allemand intitulé « An insight into child porn », ce livre est une plongée dans le fonctionnement d’un monde parallèle, caché dans un réseau dans le réseau. Il montre et démontre l’infaisabilité d’un filtrage et les effets désastreux qu’il induirait, mais il propose surtout de véritables pistes de réflexions quant aux solutions réellement efficaces qu’il convient de mettre en œuvre : lutte contre les paradis fiscaux, entraide judiciaire, formation…
« Pornographie pédophile, l’impossible filtrage du web » est un coup de poing. Un choc essentiel qui pose la question de fond : quel Internet voulons-nous pour demain ?

Ont participé à ce livre :

Robert Ménard, fondateur de Reporter sans frontières
Fabrice Epelboin, ReadWriteWeb
Tom Morton, expert auprès des tribunaux anglais
Guillaume Champeau, Numerama
Hervé Recoupe, adjudant enquêteur de la Gendarmerie Nationale
Mathieu Pasquini, InLibroVeritas
Jérémie Zimmermann, La quadrature du net

Les droits d’auteurs de ce livre seront reversés a des associations de lutte contre la pédophilie.