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Le chant du coq


Comme il est difficile ces temps-ci de ne pas parler de politique. Il flotte dans l’air une odeur nauséabonde qui porte le cœur au bord des lèvres de tout français portant en lui le sens des valeurs morales et humanistes. Sur un tas de fumier, agglomérat d’idées malsaines et de débats malodorants, se dresse fièrement sur ses ergots un coq dont le chant déchire les tympans de la nation. Mais dans cette basse-cour, certains se laissent pourtant flatter par ces appels au repli sur soi. Il conviendrait de rejeter toutes ces brebis galeuses qui mangeraient au même râtelier que le nôtre. Et comme le grain jadis généreux se fait rare, on adhère plus volontiers à ce populisme. Les valeurs humanistes sont prostituées, déformées par des discours de peur et de xénophobie. Il est servi au bon peuple le poison de son futur. Voulant avoir leur part du gâteau, ceux qui jadis vouaient aux gémonies l’extrémisme viennent apposer leurs noms à ce sombre menu.

J’ai mal à mon pays. Je souffre à mon Europe. Que sont devenus ces humanistes de droite ? Où se terrent-ils ? Faut-il, pour une hypothétique victoire électorale, que soit sacrifiées sur l’autel de la division les valeurs séculaires de la France ? Nicolas Sarkozy, pour un nouveau quinquennat, jette sans vergogne aux orties le ciment de la nation. Il avait voulu l’UMP comme une machine de guerre pour le porter à l’Elysée. Désormais, il sème dans ce parti les germes de son éclatement futur, au profit du Front National. Il aura été, par sa présente attitude, l’ouvrier finissant de goudronner les larges avenues par lesquelles le FN s’engouffre. Qu’il soit finalement élu ou non ne changera rien à l’affaire. Dans le premier cas, il devra gouverner avec une Marine Le Pen omniprésente, qui se fera un devoir d’imposer ses élus. Les législatives nous réserveront de bien mauvaise surprises dans ce sens, je le crains fortement. Dans le second cas, si les socialistes devaient arriver au pouvoir, la droite exploserait inévitablement au bénéfice de cette même Marine Le Pen. Seule lumière dans ce sombre tableau : que de cette droite en ruine puisse émerger des personnalités pour brandir de nouveau fièrement le flambeau humaniste.

En attendant ce moment, le coq jabote, roi juché sur son tas de fumier.
Derrière lui, un ciel si sombre…

Surf sur une vague bleue marine


Que François Hollande soit en tête n’est une surprise pour personne. Les erreurs de Nicolas Sarkozy durant son quinquennat, ses œillades appuyées en direction des électeurs du Front National, avec comme objectif quasiment avoué de siphonner le réservoir de l’extrême droite auront d’autant plus contribuées au succès du candidat socialiste. François Hollande se retrouve ainsi être le seul rempart contre les idées nauséabondes engendrées par la xénophobie et la peur de l’ouverture sur l’autre, cet étranger que près de 7 millions de français semblent refuser de voir. Sarkozy avait quelques chances de récupérer des voix en provenance du centre. Mais son positionnement flirtant avec les extrêmes amène de facto à tirer un trait sur cette option. D’après les derniers sondages, seuls 33% des électeurs de Bayrou songeraient à reporter leur vote en sa faveur. Évidemment, les frontistes ne viendront pas non plus changer la donne électorale, bien au contraire, leur vote étant traditionnellement un vote de contestation contre le pouvoir en place. A ce sombre constat pour le Président sortant, il faut ajouter cette tranche d’électeurs misant sur le cheval Hollande au nom de l’anti-sarkozysme.

Certains éditorialistes voient volontiers dans ce score historique du Front National un reflet de la crise. La peur de l’avenir, la question de la place de la France dans un monde où les grands équilibres géo-stratégiques sont en pleine recomposition, un taux de chômage ne cessant de grimper, une angoisse sur la dette nationale (qui n’a d’ailleurs  jamais été au centre des débats du premier tour), sont autant de composantes qui peuvent effectivement participer à ce cocktail explosif voyant l’avènement de Marine Le Pen. Mais cela ne doit pas occulter l’autre constat : en faisant siennes les recommandations de Patrick Buisson, ce politologue issu de la droite maurrassienne qui le poussait à parier sur l’électorat FN, Nicolas Sarkozy est venu alimenter le vote extrémiste, participant à sa légitimation et précipitant quelques millions de français dans les eaux troubles de la vague bleue marine. Ceux à blâmer pour cette percée inédite du FN ne sont pas tant des électeurs désorientés par un discours électoral raclant les bas-fonds que des politiques qui, sous couvert de vouloir poser les vraies questions, viennent se vautrer dans la fange nauséabonde des extrêmes.

D’après le bref discours  du Président sortant à l’issue des résultats du premier tour, il y a fort à parier qu’il ne changera pas de cap. Tout en affirmant refuser toute alliance avec le Front National, il va continuer à chasser sur ses terres. L’attrait du pouvoir vaut sans doute bien quelques compromissions avec l’idéal républicain… Agissant ainsi, Sarkozy va élargir encore un peu plus le boulevard qui s’ouvre à son adversaire depuis hier. Qu’importe qu’un seul débat ou bien trois soient faits entre les deux tours, cela ne changera rien à l’affaire. Nonobstant les qualités réelles ou supposées de François Hollande, il sera le prochain Président, élu par défaut par une majorité de ses concitoyens.

Credit photo : © Philippe Wojazer/Reuters

Aux urnes citoyens


Moins d’une semaine avant le premier tour des présidentielles, juste quelques petits jours avant que les français n’aillent aux urnes élire celui ou celle qui sera le capitaine du paquebot nommé « France » pour les cinq prochaines années à venir. Pour vous, je ne sais pas mais de mon point de vue, la campagne 2012 restera comme l’une de celles parmi les plus décevantes. En 2007, nous avions un réel enthousiasme politique parmi les citoyens. Entre Ségolène Royale et Nicolas Sarkozy, les médias ne savaient plus où donner de l’article. Autour des machines à café, dans les bistrots, les déjeuners familiaux, les verres entre copains, chacun y allait de son pronostic, défendant l’un ou l’autre camp.

Rien de tout cela aujourd’hui. La crise aidant, c’est dans un marasme ambiant et une profonde morosité que la population va se rendre dans l’isoloir. Cette fameuse majorité silencieuse, si chère à Sarkozy, elle est là et non ailleurs. Et rien ne dit qu’elle puisse voter pour lui. Au terme d’un quinquennat miné par des erreurs sur le fond comme sur la forme, jalonné d’affaires douteuses, de soupçons de favoritisme, le candidat sortant n’a pas su convaincre, jusque dans son propre camp. Je dois néanmoins lui reconnaitre le courage de certaines de ses réformes, que le PS, quoiqu’il en dise, se gardera bien de remettre en cause. La réforme des retraites, si elle devait être retouchée à la marge, restera en place. Ce PS aurait d’ailleurs grand tort de plastronner. Sa position de challenger, François Hollande la doit tout autant à ses militants qu’aux anti-sarkozystes jusqu’au-boutiste qui seraient prêts à tous les sacrifices pour ne pas reconduire à la tête de l’Etat le même homme.

Les votes contestataires se reportent également, comme toujours, sur les extrêmes, qu’ils soient de gauche ou de droite. Poutou, Arthaud, Mélenchon, Cheminade, le Pen, chacune de ses personnalités, à sa façon, vient labourer les terres hélas trop abondantes des abandonnés de la politique. Chez ces candidats, la jauge de crédibilité va du néant d’un Cheminade jusqu’au sérieux d’un Mélenchon. Nonobstant ses idées que je ne partage pas, il faut reconnaitre à ce dernier un indéniable talent oratoire et un projet politique bien arrêté. Concernant Jacques Cheminade, il est la parfaite démonstration de l’incohérence de ce système des 500 signatures nécessaires pour se présenter. Comment justifier autrement que par l’absurde qu’il soit parvenu à les réunir alors qu’une Marine le Pen a lutté pour les avoir ? Bien que l’idéologie du Front National me révulse, un courant qui rencontre l’adhésion de plus de 15% de l’électorat ne devrait avoir aucun mal dans un Etat démocratique à présenter son candidat à l’Elysée. Cheminade pour sa part ne recueillerait d’après les sondages qu’à peine 0,5% des intentions de votes…

Dans moins d’un mois, les dés seront jetés. Malgré cette campagne médiocre, gageons que les français sauront faire le bon choix face aux inévitables turbulences qui vont venir frapper le paquebot sur lequel nous sommes tous passagers et acteurs. En ce centenaire du Titanic, que notre pays ne commette pas le même pêché d’orgueil, se croire insubmersible, et sache se battre pour faire sienne la devise inscrite sur le blason de Paris : Fluctuat nec mergitur.

L’Europe des tartufes


Les pères fondateurs de l’Union européenne, principaux architectes de sa construction, doivent actuellement tant se retourner dans leurs tombes qu’ils en sont devenus des toupies. « Nous avons acquis, par la démonstration des faits, que les nations, loin de pouvoir se suffire à elles-mêmes, sont solidaires les unes des autres ; que le meilleur moyen de servir son pays est de lui assurer le concours des autres par la réciprocité des efforts et par la mise en commun des ressources ». Ainsi s’exprimait Robert Schuman dans son ouvrage « Pour l’Europe« . Jean Monnet, autre Père de l’Europe, quelques semaines après la mise en place des institutions de la CECA, expliquait à la presse américaine que, « aussi longtemps que l’Europe restera morcelée, elle restera faible, et sera une source constante de conflits. […] Avec le plan Schuman et avec l’armée européenne, nous avons posé les fondations sur lesquelles nous pourrons construire les États-Unis d’Europe, libres, vigoureux, pacifiques et prospères. »

C’était en 1952, déjà une autre époque. Et les évènements qui se sont déroulés lors du sommet européen de jeudi l’attestent avec force. Les idéaux originels, puisant leurs force dans le terreau d’une volonté politique forte et inébranlable, sont désormais périmés. Dans les querelles de famille, personne ne peut se targuer d’être tout blanc. De même, aucun des protagonistes ne saurait endosser tous les torts. Ainsi, si la politique discriminatoire menée par Paris l’encontre des Roms est honteuse et que le populisme de Nicolas Sarkozy doit être  montré du doigt, les propos de la commissaire européenne à la justice et aux droits fondamentaux des citoyens, Viviane Reding le sont également. Rapprocher les méthodes du gouvernement français de celles pratiquées lors de la seconde guerre mondiale est d’une part une véritable insulte jetée à la face des français dans leur ensemble et d’autre part un manque de respect envers la mémoire de toutes les victimes du nazisme. Viviane Reding marque là un splendide point Godwin.

Alors qu’il aurait été de bon aloi de calmer le jeu, Nicolas Sarkozy, toujours aussi impétueux, n’a rien fait en ce sens. Bien au contraire. Tout d’abord, en estimant « que si les Luxembourgeois voulaient les prendre [les Roms], il n’y avait aucun problème« . Le lait est ensuite encore monté avec la violente passe d’arme entre Nicolas Sarkozy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lors du déjeuner du sommet européen d’hier. Comme si cela ne devait pas suffire, il est aujourd’hui en délicatesse avec la chancelière allemande. Il avait assuré que l’Allemagne envisageait de procéder à « des évacuations de camps » de Roms. Pourtant, cette question n’a été évoquée « ni lors du Conseil européen ni lors d’entretiens en marge », selon un porte-parole d’Angela Merkel.

Les dirigeants européens devraient se focaliser sur la crise économique et ses lourdes conséquences pour leurs pays respectifs mais le vieux continent préfère se déchirer un peu plus sous les yeux effarés de citoyens qui pour certains, achèvent de basculer dans le camp des opposants à l’Europe. Et comment leur en vouloir ? Leurs dirigeants ne cessant de vanter les bienfaits de cet espace unifié, sensé apporter son lot de bienfaits, passent pour des tartufes.

Si je suis un fervent défenseur d’une Europe unifiée, ce n’est certainement pas de cette Europe-ci. Cette nouvelle querelle va donc creuser encore un peu plus le fossé déjà bien profond entre le peuple français et les institutions européennes.

Honte


« Affligeant« …. Benoît Hamon, porte-parole du PS a ainsi qualifié la circulaire de Beauvau, ce document émanant du ministère de l’Intérieur et demandant aux préfets de cibler spécifiquement la population Rom dans le cadre des quotas fixés par Nicolas Sarkozy : 300 campements ou implantations illicites évacués d’ici trois mois. Non monsieur Hamon ! Affligeant n’est pas le terme le plus adapté. Sa saveur est encore trop édulcorée. Car si un qualificatif doit ici être employé, c’est celui de la honte. Qu’est-ce exactement que la honte ? Pour Wikipedia, « la honte est une émotion mixte, c’est-à-dire un mélange d’émotions simples (peur, colère, tristesse) et de sentiments (impuissance, rage retenue, désespoir triste, vide…)« . Dans cette chasse aux Roms, c’est bien de tout cela dont il s’agit.

La peur de voir un gouvernement qui, pour des raisons purement électorales, souffle sur les braises du racisme, jetant à la face de l’opinion publique des idées reçues et des statistiques travesties pour rendre plus indolore la pilule à introduire dans le rectum d’un peuple (parait-il) souverain. La colère de voir une frange non négligeable souscrire à cette politique de fuite en avant, applaudissant des deux mains aux reconduites sans distinction à la frontière. La tristesse de voir la France, berceau des droits de l’Homme et phare du siècle des Lumières, montrée du doigt par une large partie de la communauté internationale, rappelée à l’ordre par le parlement européen, notamment sur le principe de non-discrimination. L’impuissance de ne pouvoir rien faire contre cette réalité, si ce n’est écrire mon indignation sur un blog sans prétention, noyé parmi tant d’autres. La rage enfin, envers ces communes qui, bien que ne respectant pas la loi Besson, ne se privent pas de rendre impossible la vie des gens du voyage.

Oui, tous ces sentiments s’agrègent en un triste désespoir et la honte est en effet le meilleur mot pour désigner la politique sécuritaire actuelle d’un gouvernement qui traine dans la boue les idéaux historiques de la Nation.

Affaire Bettencourt : La contre-offensive ratée du gouvernement


Rien ne va plus en Sarkoland. Eric Woerth est plongé dans la tourmente et chaque jour qui passe amène son lot de nouvelles révélations. A dire vrai, je dois avouer ne pas participer à la curée générale. Si la tentation du « Tous pourris » est forte, cette affaire est trop compliquée pour pouvoir se contenter d’un avis aussi lapidaire. Laissons la justice faire son travail.

Cependant, sans tomber dans le procès d’intention facile, certains faits méritent tout de même d’être soulignés pour mieux les dénoncer.

Ainsi est-ce le cas de l’attitude de quelques membres du gouvernement qui, sous prétexte de défendre le ministre du Travail, se permettent des propos inadmissibles. Une nouvelle fois, par le truchement du site Mediapart, Internet se retrouve sur le banc des accusés. Pour mémoire, cet excellent média web a rendu public le témoignage dans leurs colonnes de l’ancienne comptable des Bettencourt. Certes, aucune preuve n’est avancée mais cela n’enlève rien à l’intérêt de ces confessions. Mediapart a effectué son boulot et, puisqu’il semble utile de le dire, un beau boulot. Pourtant, Xavier Bertrand s’est permis de qualifier les enquêtes de ce média de «méthodes fascistes». Christian Estrosi a renchéri pour sa part sur France Info en affirmant que « Ce fameux site (lui) rappelle une certaine presse des années 30 », allusion très claire au fascisme de nombreux écrits de l’époque. Ces ténors de la majorité qui aiment tant dénoncer Internet, ont, avec ces propos, endossé leurs plus beaux habits de troll pour gagner chacun un point Godwin. Le paradoxe est amusant. La défense peut passer par l’attaque mais encore faut-il qu’elle soit portée avec intelligence. Ici, ce n’est clairement pas le cas. Il est d’ailleurs à noter, comme un pied-de-nez du destin, que cette publicité inespérée a permis à Mediapart d’enregistrer 1000 abonnements supplémentaires en une seule journée.

Il convient également de s’indigner du manque de clairvoyance d’Eric Woerth qui a laissé sa femme être gestionnaire de patrimoine au sein de Clymène, la structure qui gère le patrimoine personnel de Liliane Bettencourt. Au mieux, il aurait dû lui demander de renoncer à ce poste et au pire, démissionner de ses propres fonctions. Que celui-ci n’est fait ni l’un ni l’autre vient renforcer ses détracteurs. Dans l’hypothèse plus qu’invraisemblable où il n’aurait pas songé aux conflits d’intérêts engendrés par cette situation, il mérite tout simplement un bon coup de pied aux fesses.

Enfin, comment ne pas s’insurger de l’apparent mépris dans lequel le Président de la République semble tenir l’opinion publique. Alors que les français souffrent d’une des crises les plus graves depuis l’après-guerre, qu’une politique d’austérité refusant de dire son nom se met en place, il n’a pour le moment pas daigné s’expliquer. Certains argueront qu’il attend son allocution traditionnelle du 14 juillet pour le faire. Que ne le fait-il avant ? En se taisant de la sorte, il envoie le pire des messages : donner à penser au pays que les sphères du pouvoir continuent leurs petits arrangements entre eux tandis que la majorité souffre en silence en se serrant la ceinture.

Sarkozy à Tremblay : remix d’un discours sécuritaire


« La République ne reculera pas d’un millimètre ». Ainsi parlait Nicolas Sarkozy lors de sa visite surprise à Tremblay, en Seine-Saint-Denis le 20 avril. Une nouvelle fois donc, le chef de l’Etat nous ressert le plat sécuritaire, plat qu’il aime à proposer dans son menu politique depuis l’époque où il fut ministre de l’Intérieur. Mais les français qui dégustent le repas du chef depuis quelque temps déjà finissent par trouver celui-ci bien tiède et sans saveur. Souvenez-vous. Nous étions en octobre 2005. En déplacement officiel à Argenteuil en tant que Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy est vivement interpellé par une habitante d’une tour HLM qui lui demande: « Quand nous débarrasserez-vous de cette racaille ? ». Et lui de répondre : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser. » Malgré la vague polémique (et à dire vrai exagérée) que ces propos déclenchèrent, rien n’a changé depuis.

Mardi dernier, il nous a donc joué la même partition, à peine remixée. Il a promis à nouveau une « fermeté absolue » contre les trafics et l’insécurité. « Les violences dans les transports et les établissements scolaires en Seine-Saint-Denis, ça doit cesser ». Fort bien. Mais quelles solutions entend-il apporter ? La suite de sa déclaration apporte quelques éléments de réponse. S’adressant aux chauffeurs de bus attaqués : « Tous les jours, il y aura des actions de police contre les trafiquants. Vos lignes seront sécurisées ». Le ton est martial et la fermeté prévaudra. Quid de la prévention ? Toute politique se basant uniquement sur la répression est vouée à l’échec. Aucune solution pérenne ne peut se dégager dans une logique de confrontation. Continuant sur sa lancée, le chef de l’Etat dira qu’il tient « à ce que les forces de police interviennent sans restriction, aussi souvent que nécessaire et marquent leur autorité dans les halls d’immeuble des cités touchées par la délinquance ». Qu’on me comprenne bien. Je ne refuse pas le principe de l’intervention et de la sanction. Il ne faut avoir aucun atermoiements sur ces dealers qui empoisonnent le quotidien des habitants, font de leurs entrées d’immeubles des supermarchés de la drogue et imposent leurs règles par les pressions et la peur. De même pour les délinquants qui font brûler des bus au risque de drames humains. Aucune excuse ne saurait les exempter de la gravité de leurs actes.

Cependant, qu’est-il proposé aux habitants de ces quartiers à l’abandon ? Où sont les politiques de dialogue et de prévention ? Il est bien beau de vouloir lutter contre les voyous d’aujourd’hui mais si aucune action d’ouverture sur le long terme n’est engagée par l’Etat, le cercle infernal continuera de tourner à plein régime. Enclavées entre des barres bétonnées, les jeunes générations se perdront dans les mêmes travers que leurs ainés. Mais pour eux, la seule réponse de Sarkozy sera sur le front de l’absentéisme scolaire. Il a annoncé le dépôt d’une proposition de loi pour donner un « caractère systématique à la suspension des allocations familiales ». En outre, dès la prochaine rentrée, des établissements spécialisés verront le jour pour accueillir les élèves de moins de 16 ans « qui rendent la vie impossible » au sein de leur établissement. Cerise de taille sur ce gâteau amer : si les parents refusent de scolariser leurs enfants, la justice pourrait avoir son mot à dire. Comme politique de la main tendue, on a vu mieux. J’aimerai que le chef de l’Etat m’explique comment la justice décidera que des parents refusent de scolariser un enfant. Sur quels critères objectifs cette décision sera-t-elle fondée ? Il est rare qu’un enfant qui fasse l’école buissonnière en avertisse ses parents au préalable et il est tout aussi rare que des parents laissent faire avec leur bénédiction. Non. Dans ces quartiers mal-aimés de la République, où le taux de chômage transperce la moyenne nationale, ces parents sont eux-mêmes dépassés. Ils tentent de (sur)vivre avec le peu de moyens dont ils disposent. Outre le fait de se voir stigmatiser un peu plus, vouloir les sanctionner en supprimant les allocations familiales ne fera qu’ajouter de la misère à la misère, aggravant les problèmes que cette « solution » prétendait régler.

Monsieur Sarkozy, prenons rendez-vous dans deux ans à Tremblay, la Courneuve 4000 ou tout autre quartier déshérité de la République. Si d’ici là, la seule politique appliquée aura été celle du bâton, vos belles intentions sécuritaires n’auront engendré que ressentiment, misère et rébellion contre un Etat autiste qui ne sait entendre que ce qui arrange son électorat.

Festival Hellfest : la croisée Boutin repart en mission


Notre Christine Boutin nationale s’illustre de nouveau. L’acte fondateur de sa notoriété auprès des français fut posé ce fameux jour où elle tendit la Bible en direction du perchoir lors des débats sur le PACS, et pris la parole pour un discours fleuve de 5h25 d’affilée contre le Pacte civil de solidarité. Outre ses fonctions politiques, elle est également consulteur du Conseil pontifical pour la famille à la Curie romaine, un rôle pouvant se définir comme celui d’expert consultatif ce qui lui confère un statut quasi-identique à celui de diplomate du Vatican. Etonnant et plutôt gênant pour une élue du peuple français. L’objet du débat n’est cependant pas ici. Cette mise en perspective de cet OVNI politique qu’elle est incontestablement permettra aux lecteurs de mieux comprendre le pourquoi du comment de son dernier méfait.

Tous les ans, à Clisson, village de Loire-Atlantique, se tient le festival Hellfest. Cette grand-messe (noire pour Boutin comme la suite va le démontrer) des métalleux rassemble des groupes de métal qui attirent des chevelus de tous les horizons. Problème : ces derniers ne lui plaisent pas. Tel un archange paré de son glaive de justice, elle s’est donc saisi de son stylo pour se fendre d’une lettre à destination du PDG de Kronenbourg, un des sponsors de l’évènement. Elle l’invite à « prendre la mesure de la gravité de (son) soutien à de telles organisations et (à) cesser de financer ce festival ».

Un extrait de cette délicieuse missive :

Pour faire sa promotion, des affiches figurant un homme au physique satanique avec des crocs sanguinolents sans équivoque sont apposées depuis quelques jours dans de très nombreux lieux à fortes fréquentations publiques comme les gares ou les grandes surfaces. Ce visuel ne peut que choquer les enfants obligés de subir cette publicité d’une violence morbide rare.

Cette imagerie n’est que de l’apparat propre à cette musique. Par ailleurs, on se demande dans quel monde elle vit car si ce visuel devait choquer les enfants, ceux-ci doivent l’être quotidiennement, que cela soit à travers la télévision, internet, les jeux vidéos, la publicité, … Pourquoi dès lors s’en prendre spécifiquement à ce festival ? Très certainement, Christine Boutin n’aime pas ce genre musical et son univers. Que des groupes de black metal puissent faire l’apologie de la violence ou oser évoquer le nom de Satan est inconcevable pour celle qui se pose en chantre de la bienséance. Elle devrait apprendre à connaitre un peu mieux cet univers avant de le condamner aussi radicalement. Car oui madame Boutin, aussi incroyable que cela pourra vous paraitre, il existe des groupes de métal qui explorent des thématiques autrement moins grand guignolesque que le satanisme. A l’occasion, passez me voir et nous écouterons du Opeth ensemble en dégustant une bonne Kro. Soyez assurée que les métalleux ne sont pas des suppôts du Mal qui forniquent dans des catacombes autour du corps nu d’une jeune vierge.

Pour la route, un second petit extrait :

Alors qu’il est de plus en plus avéré que ce type de manifestation peut influencer négativement des jeunes en fragilités psychologiques au point de les amener à poser des actes graves et violents, est-il pertinent d’associer l’image de votre groupe à un festival qui promeut et véhicule la culture de mort ?

Quelques décennies plus tôt, certains responsables politiques ne parlaient pas différemment des Beatles ou des Rolling Stones. Remontons un peu plus encore dans le temps. Elvis Presley était accusé de débaucher les jeunes avec ses mouvements de hanches jugés trop érotiques. Christine Boutin ne fait donc rien d’autre que de perpétuer cette tradition de défiance. Nous vivons dans une société de plus en plus aseptisée et sous contrôle dans laquelle les exutoires sont devenus portions congrues. Il reste heureusement quelques espaces offrant une contingence pour échapper à ces multiples barrières. La musique est l’un deux, n’en déplaise à madame Boutin.

Edit : Pour être tout à fait complet, il est à noter que Philippe de Villiers s’est également attaqué au festival Hellfest : « Nos valeurs ne sont pas celles qui poussent le Conseil Régional actuel (PS) à financer un festival sataniste !« . Une déclaration grotesque à l’image de l’homme politique qu’il est…

Le sarkozysme, soluble dans l’autisme ?


Ainsi, la droite a pris une claque lors du premier tour des régionales. Nul ne s’en étonnera. Il ne fallait pas être un observateur bien averti pour deviner cette déconfiture annoncée. La remontée du Front National ne saurait non plus être une totale surprise. A trop vouloir siphonner les voix de l’extrême droite, certains électeurs ont évidemment préféré l’original à la copie. Eric Besson souhaitait que de son sinistre débat sur l’identité national émerge des résultats concrets. Le score du Front National en est un. D’autres électeurs ont choisi la voie de l’abstention pour faire entendre une autre voix, celle d’un ras-le-bol face à une majorité qui s’emmure dans un autisme effarant et surtout effrayant.

En effet, qu’avons-nous entendu dimanche dernier de la part des ténors de l’UMP ? Pas une once de remise en question ou d’auto-critique. A les en croire, le faible score de leurs différents candidats était à imputer au nombre élevé d’abstentionnistes. Rares sont ceux à oser exprimer à haute voix leurs désaccords. Et pourtant, des choses à dire, il y en aurait : le débat sur l’identité national auquel j’ai fait référence plus haut, l’affaire de l’EPAD relevant du népotisme, la romance Carla, une ouverture à gauche qui n’a d’ouverture que le nom, la mise sous tutelle des médias, la volonté de contrôle progressif d’internet, l’instauration d’une société sécuritaire qui, en instrumentalisant les émotions, étend chaque jour un peu plus des tentacules dans lesquelles le citoyen étouffe.

Nicolas Sarkozy, depuis son accession à la fonction suprême, n’a cessé de la dévoyer. Comme une majorité de mes compatriotes, j’en arrive à regretter l’ère Chirac. C’est dire… Que sommes-nous en droit d’attendre du Chef de l’État ? Une véritable stature, au-dessus des partis, un rassembleur pour la nation, voulant unir et non diviser. La stature de Sarkozy, je ne la vois pas. On ne peut lui reprocher ni sa taille ni ses tics nerveux. Ces attaques ad nominem sont faciles et injustes. Mais son côté bling-bling doit être trop étincelant pour laisser le reste émerger. Je n’attends pas du Président de la République qu’il se peoplise. Je ne lui demande pas non plus de se comporter comme le premier venu dans la rue en répondant à l’insulte par l’insulte. Je refuse qu’il flatte les bas instincts de l’électorat avec des débats nauséeux ni qu’il prenne la défense de certains ministres auteurs de propos vomitifs. Une carrure de Chef d’Etat ne s’acquiert pas par le vote mais par le comportement. Nicolas Sarkozy en est loin.

Ce matin, j’ai lu dans les médias que les instituts de sondage placent les listes de gauche en tête dans toutes les régions dimanche soir, avec des écarts plus importants par rapport à la droite qu’il y a six ans. Bien que me réclamant pas de cette gauche-là, je me réjouis. Cette défaite globale de l’UMP est un boulet incendiaire tiré dans la voilure du navire de la majorité, même si les principaux intéressés s’en défendent. Le peuple français a pour le moment choisi de crier en prenant les urnes comme porte-voix. Si le gouvernement s’obstine dans son refus de l’entendre, ce cri pourrait bien devenir un hurlement de colère qui n’attendra pas les prochaines urnes…