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Les pas égarés


Des mots se fracassent contre le mur des illusions
Tenter une déchirure en longs hurlements acérés
Etreindre le rideau usé de la comédie et l’arracher
Les pas égarés résonnent dans un silence sans fond

Des visages anonymes en pleurs étirés défilent
Sanglots écrasés en lézardes contre des ternes images
Des files éclatées en peurs éthérées se dévisagent.
Un homme desséché danse sur la lame de ses idylles.

Une nuée de sombres présages s’éventre sur les cimes
Dans l’écho des attentes, les lourdes chaînes résonnent
Explorer les crevasses périmées, n’embrasser personne
Chiffonner la toile du monde et la jeter dans l’abîme

Tenter une déchirure contre le mur des illusions
Des mots se fracassent en longs hurlements acérés
Et toujours les pas égarés
résonnent dans un silence sans fond

Le lit de mes délits


Matin brumeux s’accrochant à ma peau
Mes pensées se débattent, engluées
Dès leur naissance, elles s’évaporent
Fumées grises léchant mes souvenirs

Usé de courir dans les champs du néant
L’esprit se recroqueville, position fœtale
Drapé dans le voile opaque du silence
Il grelotte dans le froid des astres oubliés

Le vide suinte par les pores de mes doutes
Mes étoiles de jadis jonchent un sol lézardé
Mon cœur s’écœure
dans les douceurs des heures

Il y a comme un goût d’acier dans l’atmosphère
Les sémaphores de la réalité se sont éteints
Ma vie me fuit
dans le lit de mes délits

L’arpenteur des latitudes


Explorateur des contrées les plus obscures de l’humanité,
L’homme est désormais en lutte avec sa propre obscurité.
Son âme de papier buvard dégorge le trop d’émotions,
Les souffrances absorbées des siècles en décomposition.

Jours et nuits sont gravés sur son vieux bâton de pèlerin ;
Les essences de Spleen consignées dans un herbier vipérin.
Sur ses routes, il croise les chimères usées des vieillards ;
Ses pieds foulent les fœtus oubliés des amours bâtards.

Il se souvient des légendes aujourd’hui flétries par le temps.
Les parchemins des conteurs s’effritent avec les mourants.
L’arpenteur erre, perdu dans la terre des multiples solitudes.
Encore tant de Jérusalem sous une infinité de latitudes.

Cartographie de l’IRL


De la poussière s’accroche aux  neurones péri-oxydées.
Un horizon brumeux s’évapore en pleurs dans le regard.
Dans le miroir déteint, une  vieille carcasse usagée.
Réalité transpirante de deux mondes déjà hagards.

L’impossible transhumance agonise, goût d’inachevé.
Les pieds à jamais figés dans le noir goudron de l’IRL.
S’étirer jusqu’à la dislocation  mais rire à en crever.
Onanisme et frustration enlacés dans le virtuel.

Errance de toute éternité dans des pays déjà oubliés.
Sur la cartographie des déments, la réalité est vierge.
La pointe élimée du crayon ne saurait la déflorer.
Comme toute frontières, un hymen tel une alberge.

Les mouchoirs du vagabond


Flot d’humains charrié sans discontinuer
Sang métissé coulant dans les avenues
Globules masculins et féminins à nus
Orgasme du néant jusqu’à en hurler

Les artères grises expulsent un air vicié
Sur le macadam résonnent les envies
Les passants avancent en pas d’agonie
Danse macabre des foules condamnées

Les débris de l’enfance jonchent les trottoirs
Dans les caniveaux flottent les âmes perdues
Elles s’accumulent dans les égouts en crues
Un vagabond s’en saisira comme mouchoir.

Le dernier mot


L’homme est penché jusque tard le soir sur sa table de travail. La nuit est son terrain de chasse ; les mots ses proies. Dans une chasse permanente, il tente de les apprivoiser, de faire sien ces êtres sauvages et multiples. Il se cache pour mieux les attraper. Chaque obstacle de son imaginaire est propice au camouflage. Au détour d’un rêve, derrière un ressenti, sous le flot impétueux d’une émotion, quelque soit l’endroit, il sait en faire son allié.

Selon leurs humeurs, les mots se promènent parfois en meute sauvage, parfois seuls. Le chasseur sait qu’il ne doit pas se faire repérer. Il les laisse lentement approcher de sa cache. Il sait aussi combien ils peuvent se révéler rusés. Pour mieux les surprendre, il préfère attendre le moment propice où ils se mettent à brouter les pâturages de son esprit. A ce moment, il sort de son lieu de guet.

Les mots se rebiffent et se cabrent nerveusement. L’homme agit promptement. Le temps lui est compté. Il lui faut au plus vite les enfermer dans la nasse des lignes avant qu’ils ne s’enfuient. Son gibier hurle tandis qu’il pleure. Il parque les mots dans l’enclos d’une feuille, les mate dans un corps à corps violent pour les soumettre, apprivoiser leur uppercut.

Ligne après ligne, ils deviennent sien et il ne cesse de remplir sa gibecière. Et chaque nuit, le même rituel recommence.

Pourtant, l’homme sait qu’un jour, il n’aura plus le dernier mot.

Envie de…


Envie de me foutre en l’air, lassé de jouer à « Tout va très bien Madame la marquise», de donner le change en permanence, de jeter mon sourire à la face des gens comme une convenance. Les mots me fuient et les rimes se sont évaporées depuis longtemps dans le cours asséché de ma défunte inspiration.

Tenter de pourfendre cette solitude haïe en se rendant sur les salons de discussion en ligne, constater que l’herbe n’y est pas plus verte. Mes yeux morts regardent les lignes défiler sur l’écran. Des propos ineptes s’enchaînent dans le grand vide intellectuel. D’un clic fatigué de souris sur les pseudos, je visite les profils.

« Slt. Mon prénom est Sand .J’chui une meuf cool. Venez me parler pour en savoir +. »
« Hello. J’mapel Karo. S’y t’ai 1mek cool, j’sui la pr toi. »
« par pitié g 16 an mé je ne sui pa pr autan une gamine attardé ki ne coné rien a la vi et a ce kel comporte!!! » tente d’écrire intelligemment une autre.

Vous savez quoi Sand et Karo ? Allez vous faire foutre. Restez dans votre monde virtuel à vous écouter parler. Projetez vos rêves à la petite semaine sur vos écrans. Vous ne les en fracasserez que mieux ensuite.

Mon vide à moi n’est que trop plein. Quand vous me serrez la main, ne sentez-vous pas que vous ne faites que saluer la solitude ? Ne ressentez-vous pas cette sensation glacée vous prendre les doigts dans un étau, cette caresse accompagnant la venue de la mort ? Où êtes-vous passées mes muses ? Que sont devenues mes passions ? Mon armée de songes est partie pour ne plus revenir. Elle s’est fracassée sur la réalité.

Je suis debout dans le champ de ma désolation. Pendant que le monde se contente de vivre, je tente de survivre. J’erre dans le cimetière de mon enfance. Les tombes sont parfois fendues, parfois fracassées. Ronces et orties rampent parmi les fissures. La nuit, je dors parmi ces vestiges d’une époque révolue.

Envie de me foutre en l’air, dernier pied de nez à cette enfoirée de vie.
Lui faire la nique une ultime fois.
Vous faire tous la nique.

Pourtant, je reste encore debout.

Au nom de l’Amour


Au nom de l’amour, faire son chemin de croix,
Embrasser sa propre rédemption une nouvelle fois,
Tailler ses rêves pour s’en draper comme habit.
Graver dans le roc des jours sa douce égérie.

Se promener sur les bords du fleuve Espérance,
Suivre son cours et enfin se sentir en partance,
Y plonger sa bouche assoiffée et boire ce nectar.
Sentir l’orgasme des muses, confondues dans l’Art.

Au nom de l’amour, j’ai fait mon chemin de croix.
J’ai apposé mes lèvres sur une rédemption sans foi.
Croyant tailler mes rêves, j’ai sculpté mes cauchemars.
Pensant graver mes jours, j’ai élimé la nuit très tard.

Me promenant sur les bords du fleuve Espérance,
J’ai suivi son cours mais il coulait à contresens.
Y plongeant ma bouche, je me suis inoculé le poison.
Le cri d’agonie de mes muses est venu violer ma raison.

Le viol de Cupidon


La musique me fracasse la tête.
Le rythme électronique binaire et froid
des nappes de sons vides me fouette.
Le glas sinistre des basses résonne en moi.

Par terre, le cendrier agonise de mégots.
Une odeur nauséabonde émane de celui-ci.
J’écrase une nouvelle cigarette sans un mot.
Envie de me brûler la peau sans répit.

Par la lucarne, je vomis ma souffrance.
Les souvenirs me lacèrent le cerveau.
Les larmes me noient dans la démence.
Me jeter dans le vide, dans le caveau.

Ô Dieu ! Ce cœur qui explose en lambeau !
Ces yeux aveugles qui, lentement, crèvent !
Sentir en moi l’acier tranchant du couteau,
Idées de m’ouvrir les veines, d’achever mon rêve.

Tourbillons enivrants de pulsions morbides.
Aller embrasser la vieille Faucheuse ridée,
M’envoler pour mieux flirter avec le vide,
Pleurer du sang et communier avec mon passé.

Ô Amour ! Voleur des cœurs chagrinés !
Ô Amour ! Pourquoi à nouveau t’envoler ?
Ô Amour ! Pourquoi sans cesse m’abuser ?

Cette nuit, dans le cosmos de mes obsessions,
Je viendrai t’humilier et te torturer.
Cette nuit, dans les pleurs de ma déraison,
Je viendrai te violer à en crever !

Hors ligne


1.
Statut en ligne

Minuit est passé maintenant depuis longtemps. Je tente de jeter quelques mots sur le papier mais ils sont bien vains. Ma soirée n’a été que vagabondage sur la toile, passant du blog d’une jeune fille anorexique suicidaire à celui d’un couple échangiste étalant ses exploits aux yeux de lecteurs virtuels. Pendant que certains se laissent crever de vivre, d’autres s’explosent dans le lupanar de l’onanisme éperdu. Je me suis ensuite rendu sur des tchats pour échanger quelques mots avec des âmes perdues. Les mots se succédaient, émoussés à force d’être trop usés. Bienvenue dans les arènes du nouveau millénaire. Les claviers se sont substitués aux tridents mais les filets pour capturer sa proie sont toujours présents. L’occident prostitue ses frustrations en gerbes de pixels sur des écrans gelés. Sodome et Gomorphe vibrent au rythme des megahertz. Chacun vient mendier une once de plaisir illusoire dans les froides avenues du cyberespace.

Triste masturbation de la solitude devant sa propre solitude,
Stérile éjaculation sur l’écran d’un trop plein de dégoût,
L’eros de notre condition humaine se meurt .

2.
Statut hors ligne

Deux heures du matin et je reste les yeux ouverts, rivés à l’écran. Toujours ces quelques mots sur le papier qui refusent de venir. Je viens de m’enfiler une nouvelle tasse de café. Le cendrier sur mon bureau dégueule un trop plein de mégots. Une musique électronique percute violemment mes tympans. Que mon overdose soit complète ! Après m’être injecté ma dose de megahertz, je veux me shooter aux décibels, sans retour. Je tire une bouffée sur ma cigarette, goudronnant un peu plus l’autoroute en direction de la fin. Immobile, j’attends. Les minutes refusent de s’écouler. Elles s’étirent au-dessus de moi, immenses stalactiques effilées qui jamais ne tombent.

Et chaque jour elles grandissent jusqu’au moment où l’une se détachera pour venir me crucifier, me mettant définitivement hors ligne