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Apprécier la pipe est-il un abus sexuel ?
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Dans la famille du grotesque, je demande la nouvelle campagne de communication de l’association « les Droits des non fumeurs ». Qui ne connait pas le fameux mantra du célèbre film des Inconnus, « le pari » : le tabac, c’est tabou ! On en viendra tous à bout ! Il faut croire que pour en venir à bout, cette association ne craint pas d’invoquer des sujets autrement plus tabous que le tabac. En effet, cette campagne établit un parallèle plus que douteux entre la cigarette et… les abus sexuels à travers des photos sur lesquelles des hommes aux visages cachés posent une main sur la tête d’un jeune anxieux, agenouillé au niveau de leur entre-jambe. Une cigarette vient remplacer le sexe. Pour accompagner cette superbe création graphique, un slogan : « Fumer, c’est la pire des soumissions ».
Il ne s’agit pas ici de s’élever contre la lutte de ces associations. Elle est légitime. Etant fumeur moi-même, je connais les méfaits du tabac. Il faut cependant savoir raison garder et certaines associations se comportent en véritables ayatollahs, perdant toute bonne mesure. Cette campagne en est un exemple parfait. En observant ces images, un profond malaise est ressenti.
Comment ne pas s’interroger sur l’image qui met en scène la jeune fille ? Alors que sur les deux autres, l’homme porte une veste, sur celle-ci, il est en chemise et son profil révèle un ventre quelque peu arrondi. Sans doute vais-je chercher la petite bête mais cette symbolique renvoie au domaine ô combien sensible et douloureux de la pédophilie. Que vient faire cette association insidieuse avec le tabac ? Et quelles sont les raisons qui poussent à un traitement différencié entre les deux garçons et la fille ?
Les victimes d’abus sexuels apprécieront à sa juste mesure les clichés et le slogan. Instrumentaliser un sujet aussi grave pour faire de la prévention est d’une bêtise sans nom. L’agence de communication BDDP & Fils, en charge de la campagne, affirme que « ce que nous montrons n’est pas un viol, c’est une fellation. Lorsque les jeunes fument, ils font plaisir à beaucoup de gens, en particulier aux industriels. » Je m’interroge. Des professionnels de la communication peuvent-ils réaliser de tels visuels et ne pas y voir un viol sur mineur ? Quand bien même. Si je leur laisse le bénéfice du doute, faut-il alors en conclure que cette association, en plus de lutter contre le tabac, considère la fellation comme une soumission ?
Allez messieurs, laissez-vous aller à une bonne petite pipe. Vos poumons ne s’en trouveront pas plus encrassés et sans doute serez-vous plus détendus lors de la conception de votre prochaine campagne.




