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Lolita’s broken


Par quoi commencer la description de ce mortel ennui qui me crucifie sur place ? Par une maxime éculée telle que « plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien » ? Non. Voila qui est bien trop banal. Je laisse ce genre de considérations aux petites cervelles. Autre option, clamer que j’aime aussi peu mes congénères que eux ne m’aiment. Ouais… Comme formule percutante, il est facile de trouver mieux. Je vais me contenter de vous écrire que vous me dégoutez, tous autant que vous êtes. Je crache sur notre société aseptisée et son prêt à penser soigneusement emballé sous la cellophane télévisée.

Chaque matin, prendre les transports en commun pour s’insérer dans la grande productivité humaine. Les voyageurs se regardent sans se voir. Des yeux morts s’embrassent dans une étreinte dénuée de toute sensualité.

Une quadragénaire extirpe de son sac à main un miroir portatif. Elle s’y regarde, souriante, semblant ne pas voir le reflet fané qui lui est renvoyé. Elle arrondit ses lèvres, formant une repoussante ventouse « collagénée ». Voyant que je l’observe d’un air goguenard, l’idiote se fend d’un demi-sourire. Sait-elle qu’il vient trahir des rides difficilement ravalées à coup d’injections de botox ? Elle me fait de l’œil. Bourgeoise voulant jouer à la lolita sur le tard, au nom d’une prétendue libération des mœurs ou bien pour s’immoler sur l’autel des chiennes de garde, je la dévisage : Des seins refaits, des fesses galbées, bienvenue dans un corps factice, géré par un cerveau euthanasié.

Mes pensées divaguent. Je m’imagine tentant de lui faire l’amour. Parviendrais-je à éprouver le moindre désir pour elle, voir même juste à lui faire croire ? Serais-je assez doué pour qu’elle se sente pleinement femme et non pas juste poupée Barbie se dégonflant entre mes mains ?

A côté d’elle, sa fille sans doute, ou du moins, ce qu’il en reste tant sa mère lui a retiré toute humanité en projetant ses frustrations sur elle. Quel âge peut-elle bien avoir ? 15 ans au mieux. Avec son Tee Shirt moulant manche longue, couleur rose bonbon indigeste, elle tente d’exhiber fièrement une poitrine qui n’en est encore réduite qu’à sa plus stricte expression. D’un jean taille basse émerge un string, disons-le clairement, de petite pétasse voulant jouer aux grandes personnes sans connaitre les règles. Tout comme sa poupée Barbie de mère, elle se mire dans un miroir portatif, exactement le même modèle. Je me surprends à me demander si la mère n’a pas bénéficié d’une promotion spéciale chez Zara : « pour deux jeans taille basse achetés, nous vous offrons les miroirs assortis ». Ce qui est certain, c’est que fille et mère sont assorties.

Arrivée au bureau, la bourgeoise en mal de sensation attendra que son patron s’absente pour se jeter sur son site de rencontre favori. Elle se shootera les neurones avec les mots enflammés de ses cybers amants. Croire encore qu’elle existe, sentir son cœur vibrer, que le train de l’amour peut l’embarquer à son bord, son mari ayant depuis longtemps fait dérailler celui de leur mariage. Elle échangera des mots passionnés avec des hommes dont la femme s’est perdue au détour d’un aiguillage. Peut-être même ira-t-elle, ô suprême folie, jusqu’à envoyer sa photo datant d’il y a quelques années.

Le soir venu, une fois le plat préparé sorti du micro-onde, elle écoutera sa fille lui raconter ce qu’elle voudra bien entendre. Perdue avec délectation dans le souvenir des mails sensuels de la journée, la mère ne relèvera même pas que sa petite lolita de pacotille sent le tabac froid.

Sans doute se caressera t’elle ensuite un peu sous ses draps pour oublier sa solitude. Certainement après, elle pleurera en silence, n’étant pas parvenue à oublier cette solitude.

Et pendant que sa poupée Barbie de mère pleurera, une petite fille, interdite d’enfance, s’enfoncera une aiguille dans le bras pour oublier sa solitude.

La nature humaine


Des couloirs de métro s’enfilent parmi une nature humaine qui se défile. Des vies s’entrechoquent en prenant soin de s’éviter. Chacun converse avec sa solitude et n’est que le meilleur ami de soi-même. Demain est une interrogation et les pensées se perdent dans le voile du moment vécu. Des homos sapiens crèvent dans l’indifférence, fatigués de tendre la main à des regards moribonds. Ils s’allongent dans le grand vide contemporain et le talon aiguille de cette grande putain qu’est la réalité vient leur écraser la gorge en se marrant. Singe parmi tant d’autres de cette comédie, je tente d’avancer en fendant cette foule qui poisse chacun de mes mouvements, englue mon regard. Ces femmes ravalées à coups de botox, ces fesses et seins prétentieux dansant sur des océans de silicone, ces vieux aspirant avec désespoir une dernière minute de sursis, cet enfant tenant la main flétrie de sa mère, …

Je m’adosse contre la blanche paroi froide et carrelée du couloir. Un haut-le-cœur me soulève. Je vomis mon spleen à la face des passants agonisants. Ils continuent à avancer dans le cimetière de leur vie sans me voir. Rien de spécial dans la nature humaine, juste une mort annoncée.

Serpent citadin


Serpent métallique à la peau rouillée
A travers les canaux oxydés urbains
Il serpente sans fin, jamais rassasié.
Les routes voraces s’ouvrent sans fin.

De tristes âmes errent dans ces organes.
Elles respirent dans le froid de l’acier.
De leurs souffles, aucune buée n’émane.
Devant leurs yeux, des visions brouillées.

Des noms sans signification défilent.
Travelling latéral sur peintures mortes.
Lumière en roche sédimentaire d’argile.
Les anonymes s’effacent en cohortes.

Le reptile parfois imprime une pause.
Il s’étire lentement avec indolence.
Avec fracas, il régurgite son overdose.
Mais inlassablement, il reprend sa danse.

Dans les nervures bétonnées des complexes,
Le voyage du dévoreur d’âme se poursuit.
Il tourne sur lui-même dans ses annexes.
Le serpent citadin qui sans cesse s’enfuit.

L’agonie des nuits


Toi mon amante jadis tant redoutée, jamais tu ne me laisses de repos. Tel le forçat condamné à trainer le poids de ses fautes, je suis enchainé à tes pas. Chaque jour, invisible mais pourtant plus présente que tous ces singes croisés dans les transports en commun hantés d’âmes solitaires, tu prends mon esprit dans tes aurores boréales. Ta main me guide vers des rivages cotonneux. Une lumière d’un blanc écœurant me berce parmi des ondes nauséeuses.

Quelle est cette tristesse qui s’écoule en moi ? La marée ne cesse d’enfler, charriant des miasmes d’idées décomposées et de songes éventrés par la lame de ton indifférence. Sous ton joug, écrire est devenu mon agonie. Je te sens là, à mes côtés, toujours prête à me prendre à la gorge, à jeter sur ma poitrine ton filet d’oppression.

Mes nuits sont devenues notre champ de bataille. Tu dresses tes oriflammes, petits tissus de soie flottant dans le vide de mon inspiration. La meute en furie se bouscule. Gueules écumantes, oreilles dressées au son de l’hallali. Pourtant, vois. Je ne tremble pas. J’ai revêtu depuis longtemps mon armure d’indifférence. Tes sbires ne sauraient m’atteindre.

Viens mon amante. Regarde ! Je m’offre à toi. Prends possession de ma chair. Violente-moi et abuse de mon corps sous les larmes lunaires. Lacère-moi la peau ; repaît toi de ma chair morte. Tes lèvres goûtent la solitude sur chaque pore de ma peau, s’en délectent sans jamais être rassasiées. Tu glisses ta langue dans mon cerveau, embrasse amoureusement toutes mes peurs pour mieux les entretenir. Et je sens tes dents me déchirer les entrailles, espérant voir couler ce qui s’est tari depuis longtemps.

Viens ma succube… viens t’empaler.

Le citadin


Je déambule dans les artères de la ville. Microbe parmi tant d’autres, perdu dans un flot cyclique et mécanique. Des murs bétonnés étouffent les flancs de l’horizon. Au sol, toujours le même béton noirâtre. Je suis le long serpent sinueux, traversant les faubourgs, m’enfonçant dans la foule des tristes singes costumés pour mieux oublier une triste condition. Mon existence me colle à la peau, vient engluer mes mouvements. Sur mon poignet est apposé la marque de mon asservissement au Temps. Elle segmente mes instants de vécu, les mettant sous la cellophane de la vie prête à consommer.

Guerrier des temps modernes, « le citadin », tel est mon seul titre de noblesse. Je surfe sur le dos d’un cupidon vendu à la cause de l’hédonisme. Pour me rassurer, chaque semaine, j’honore une nouvelle conquête sous des draps made in Carpe Diem. Dans le tiroir de ma table de nuit, des préservatifs pour masquer mon impuissance à jouir de la confiance.

Ma boite à rêves me guident dans le dédale d’une infinité de canaux hertziens. Je me disloque dans le grand zapping universel du multimédia, évitant avec soin de zapper sur la chaîne de ma propre vie. La valeur de mes mots se calcule en octets ; celle de mes relations se conjugue en mails.

Je croise mes doubles chaque jour, ces miroirs ambulants qui me renvoient mon propre reflet. Mon regard glisse sur eux pour mieux les éviter. Dans le ver métallique creusant son chemin dans les entrailles de la cité, ils sont tous là. Tous ces miroirs ternes s’évitent dans cet espace confiné, rêvant de pouvoir fracasser leur prochain pour ne plus subir les agressions de leur réalité. Les poubelles publiques vomissent les quotidiens du jour. Informations avalées puis aussitôt régurgitée. Ne surtout pas s’y attarder mais continuer à se désintégrer dans le flux des kilos bits.

Chaque jour, je m’injecte ma dose de mégahertz pour toujours avancer vers mon grand shoot final. Dans une overdose de pixel de douleur, mon âme se disloque.

Périphérique


Périphérique… Une heure avancée de la nuit.
Un ciel délavé s’écoule sur le goudron amorphe.
Engins métallisés qui défilent… Flot discontinu.
Les artères oxydées de la modernité bruissent.
Anémie de nos trajets vers un nulle part éteint.
Fillette éjectée par la portière d’une voiture.
Son petit corps désarticulé roule sur le bas fossé.
Ses yeux fixent la lumière blafarde d’un lampadaire.
Les mains dans les poches, je la regarde agoniser.
Sur son dernier souffle, j’appose un tendre baiser.
Le son cyclique de la circulation comme requiem.
J’écrase mon mégot encore fumant sous le talon.
A droite du périphérique, une voie ferrée s’étend.
Dans une étreinte amoureuse, elle embrasse le sol.
Les rails rouillés se perdent dans les herbes folles.
Le convoi de ferraille apparait, hurlant ses étincelles.
Dans ses entrailles, l’animalerie des singes costumés.
Englués dans leurs songes adipeux, ils attendent.

D’allumer
…… la télévision
………… et copuler avec les images
…… le micro onde
…………
et irradier le temps inanimé
…… l’ordinateur
………… et défragmenter les heures perdues

Périphérique… Une heure avancée de la nuit.
Dans mon cortex cérébral, encéphalogramme plat.
Anémie de mes illusions qui gisent dans le fossé
Mon sang est figé dans mes veines, rouge visqueux.
Je vomis des idées noires sur le bitume de ma route.
La matrice de ma vie chante mon requiem.
Englué dans mes songes adipeux, j’attends.